Site Internet du Journal Le Soelil de Dakar.

Sommaire

Presse sénégalaise : Le règne du Macintosh
Nouveau départ
Apple Macintosh : histoire d'un ordinateur surdoué
20 % de part de marché au Sénégal
Tarifs de l'Internet : les internautes protestent de plus en plus contre le coût du réseau mondial
Leçon de bits
Humour : Le logiciel matrimonial
Gilles Raillard dans nos murs
Médias africains et Internet : au-delà de la beauté des sites... 2. Saisir les opportunités

Presse sénégalaise : le règne du Macintosh

L'ordinateur Macintosh a vraiment révolutionné la presse au Sénégal. C'est le moins qu'on puisse écrire et l'on pourrait presque parler de la presse au Sénégal et en Afrique en distinguant l'ère "avant" et l'ère "après" l'introduction du Macintosh! Grâce en effet à cet "objet cliquant" - parfaitement identifié -, nombre de publications ont pu voir le jour, exister, subsister et même perdurer pour finalement asseoir une régularité dans un pays où, il y a moins de quinze ans, à part "le Soleil", il n'y avait guère qu'un hebdomadaire privé d'informations politiques, "le Politicien".

Tous les journaux significatifs possèdent aujourd'hui leur propre structure de publication assistée par ordinateur (PAO) (1). En l'espace de quelques années, on a vu ainsi passer à la micro-édition, avec leur propre matériel (ordinateurs, imprimantes, scanners, etc.) des quotidiens comme "Wal Fadjri", "Sud quotidien", des hebdomadaires comme "le Témoin ", "le Cafard libéré" et, bien sûr les derniers-nés, les quotidiens "le Matin" et "l'Info". La plupart de ces journaux ont pourtant débuté en se faisant fabriquer entièrement chez les imprimeurs traditionnels. C'était à l'époque, pas si lointaine que ça, où la photocomposition était reine... et chère! A présent, toute la presse sénégalaise est réalisée avec des micro-ordinateurs, en mise en page électronique. Personne ne fait plus de la photocomposition, encore moins de la composition "chaude" (2) que pratiquait encore, au début des années 1980, notamment pour l'hebdomadaire "Afrique nouvelle", l'imprimerie Saint-Paul. Cette imprimerie a troqué, en 1992, ses machines de photocomposition contre des ordinateurs Macintosh qui équipent maintenant tout l'atelier pré-presse.

Remarquable est le fait que pratiquement toute l'édition électronique se pratique avec une seule marque d'ordinateurs, le Macintosh, déclinée évidemment en différents modèles. Alors que, d'une manière générale les PC et compatibles dominent le marché de la micro-informatique - au Sénégal comme dans le reste du monde - lorsqu'il s'agit de faire des journaux, des livres, on a toujours son Mac et sa souris à côté de soi. "C'est parce que le Mac est plus facile à utiliser", nous a confié Ibrahima Fofana, le graphiste de l'imprimerie Graphi Plus, un ancien élève de l'école des beaux-arts de Dakar, qui s'est tout naturellement converti au Mac. "Avec les PC, dit-il encore, les choses sont toujours plus complexes."

"Sud Hebdo", devenu "Sud quotidien", publié depuis une douzaine d'années, est peut-être le premier journal sénégalais à avoir cru à la PAO. C'est Babacar Touré, aujourd'hui à la tête du groupe Sud Communication, au détour d'un voyage aux Etats-Unis, qui a eu le flair de publier sa revue d'une autre façon qu'en édition traditionnelle. A l'époque, la PAO était naissante aux Etats-Unis et il semble bien que "Sud" ait été parmi les premiers journaux africains édités grâce à cette technique. En effet, c'est en 1986 que "Sud Magazine", trimestriel, a pu acquérir un premier lot de matériel. Tidiane Kassé, aujourd'hui directeur de "Wal Fadjri", y a fait ses premiers pas de journaliste new look. Il se souvient parfaitement de cette époque: "Nous travaillions avec la première version de Page Maker et j'avais reçu une formation en quatre séances sur un mois". C'est avec ce bagage informatique qu'il s'occupa de la réalisation de "Sud Magazine" auparavant confectionné dans une imprimerie de la place. Un des spécialistes du montage qui travaillait à la réalisation des pages de "Sud" se souvient avec passion des premières heures de la réalisation de l'hedomadaire: "Nous utilisions Page Maker, qui était alors le premier logiciel véritable de mise en page. Et on se débrouillait comme on pouvait. Personne ne le maîtrisait, mais on savait seulement qu'on devait sortir le journal avec notre logiciel, notre ordinateur et notre imprimante. Et il sortait". Le Macintosh est toujours roi à la rédaction et les journalistes y disposent d'une dizaine de machines Apple pour la saisie de leurs articles.

" Le Témoin " et " Le Cafard libéré " sont venus plus tard à la micro-édition. Ils se sont équipés, semble-t-il, à la suite d'une subvention de l'Etat à la presse privée. Aujourd'hui, toutes leurs opérations pré-presse sont réalisées en interne, ce qui réduit énormément les coûts.

" Wal Fadjri " a été le premier à faire l'incorporation des photos aux pages montées, comme le font maintenant tous les autres, y compris " Le Soleil " qui a sa propre structure de réalisation depuis juste un an mais qui, auparavant, confiait la réalisation électronique de ses pages aux Nouvelles imprimeries du Sénégal. " Wal Fadjri "dispose pour sa rédaction d'une vingtaine de Macintosh, y compris un portable pour chacun des quatre ou cinq chefs de service. Tout ceci a-t-il une incidence sur le coût de fabrication ? Tidiane KASSET, le directeur de la rédaction, est formel : " S'il n'y avait pas eu les Macintosh, il est peu probable que le journal eût pu paraître ainsi jusqu'à présent. " Une vérité qui s'applique sans nul doute aux autres publications.

Du côté des imprimeurs également, après quelques réticences inhérentes à toute nouvelle technologie qui arrive, on a été bien obligé de mettre à la casse les anciens systèmes de composition pour passer aux nouveaux, sous peine d'être technologiquement dépassés. Les Nouvelles imprimeries sénégalaises ont abandonné la photocomposition froide en 1991 pour la P.A.O. sans jamais, il est vrai, avoir pu l'exploiter à la mesure de ce qu'on aurait pu attendre de cette entreprise. À l'imprimerie Saint-Paul, la révolution a eu lieu en 1993. Cet imprimeur s'est également équipé, comme à Graphi Plus aujourd'hui, d'un matériel de flashage qui lui permet de faire la sélection des couleurs pour ses clients. Il y a seulement six ou sept ans, toute illustration en quadrichromie (couleurs complètes) dans un journal devait être envoyée et traitée en Europe dans des laboratoires de photogravure couleur. Maintenant, nos imprimeurs et nos flasheurs (3) font ce travail sur place, ce qui a contribué à réduire les coûts et à multiplier les publications " colorées ".

Mais l'un des inconvénients de l'irruption de la P.A.O. dans nos structures éditoriales, c'est qu'elle a donné un accès tellement populaire à l'édition que tous s'y sont mis sans forcément en connaître les prolégomènes : règles typographiques, principes de la mise en page, etc. Résultat : pas mal de publications, y compris nos quotidiens, sont réalisées hors normes, principalement parce que tout le monde s'est improvisé " spécialiste " et que les éditeurs ont laissé faire ce méli-mélo typographique ; cela est bien regrettable pour les inconditionnels des règles de l'art. Mais une médaille a toujours son revers et il nous faut reconnaître qu'en popularisant l'art d'éditer, le micro-ordinateur et la P.A.O. n'ont pas fait connaître malheureusement toutes ses exigences normatives.

Alain Just Coly

(1) (2) (3) : Voir la rubrique "Leçon de bits"


Nouveau départ

Lorsque les difficultés financières avaient contraint sa firme à mettre un genou à terre et à accepter l'" ennemi juré " Microsoft dans le capital d'Apple, Steve JOBS avait tenu lui-même à rassembler quelques centaines de clubs Macintosh à Cupertino pour leur annoncer la " terrible nouvelle ". La réponse de son auditoire vint sous la forme de larmes et de sanglots à ce que la plupart des fans de la marque à la pomme considéraient, au mieux, comme une " liaison dangereuse " et, au pire, comme un baiser mortel.

Cette anecdote résume toute l'histoire d'Apple, faite de passions. Une passion, d'abord, pour la création de deux surdoués du " bricolage " qui vont révolutionner le monde de l'informatique avec un produit, le " Mac ", qui, à son tour, bouleversera les habitudes de consommation.

Rarement un " objet " aura créé un lien aussi fort avec son utilisateur. Utilisateurs, avions-nous écrit ? Le terme est faible, car ceux des produits Apple ressemblent plus à des militants, voire à des membres d'une secte, certes peu dangereuse, mais aux convictions carrées sur la qualité de leur " champion " par rapport à la concurrence. Le développement spectaculaire des PC et le boum des logiciels Microsoft sont venus, plus tard, accroître chez les " Mac-maniaques " ce sentiment de la citadelle assiégée et cultiver la peur de voir les " artistes " - les concepteurs de Mac - disparaître au profit de créateurs sans génie.

Ce romantisme de mauvais aloi a très longtemps masqué le débat de fond sur les piètres qualités de gestionnaire de ceux qui ont eu la charge de diriger Apple et les choix erratiques qui se sont traduits par la stagnation ou la perte de parts de marché. Le rachat de Next en 1997, a consacré le retour de Steve Job et l'amorce d'une nouvelle ère de réalisme à Cupertino, après une longue valse de dirigeants. Le produit-symbole de ce nouveau départ, qui veut allier management et créativité, reste sans conteste l'i-Mac.

Cet ordinateur, créé pour l'Internet, est un concept gagnant, avec 800.000 exemplaires vendus en quatre mois.

Cette expérience est le signe de la volonté d'Apple de conquérir du terrain au-delà de sa niche traditionnelle qu'est l'édition.

La presse sénégalaise a, du reste, tiré le meilleur parti de ce dernier volet en modernisant les méthodes de fabrication du journal, notamment dans sa phase pré-presse, mais aussi en réduisant sensiblement les coûts de réalisation. Les Mac sont devenus des éléments du décor des rédactions. La bataille à mener maintenant, pour la firme à la pomme, c'est celle de l'ordinateur grand public, afin de grignoter un marché outrageusement dominé par les PC.

Seydou Sissouma


Apple Macintosh : histoire d'un ordinateur surdoué

Il ne faut pas confondre Apple avec Macintosh. Ils sont devenus, certes, inséparables, mais le premier est antérieur au second. En fait, le terme "Macintosh" (et ses dérivés "Power Macintosh", "i-Mac"), qui désigne aujourd'hui des ordinateurs, est né au début des années 1980 alors qu'Apple - le constructeur de ces machines - a commencé à exister au milieu des années 1970 et reste la marque de toute la production de la firme (unités centrales, bien sûr, mais aussi imprimantes, scanners, moniteurs...).

Tout le monde a entendu parler des modestes débuts de la firme aujourd'hui installée à Cupertino. L'anecdote du célèbre garage de Wozniack a fait le tour du monde, celui-là même qui a servi d'atelier aux deux Steve initiateurs, Steve Job et Steve Wozniack. Après l'université, ils travaillèrent tous deux à la célèbre Silicon Valley, mais pour des entreprises différentes, Atari pour Job, Hewlett Packard pour Wozniack. C'était au milieu des années 1970. En 1976, précisément, le 1er avril, naissait Apple Computer, fruit de leurs rêves et de leurs efforts concrets. A ce moment-là, Wozniack avait déjà dans ses bagages les plans du premier ordinateur d'Apple, appelé, tout simplement, Apple I. Quant à Steve Job, il avait une certaine vision des choses. L'union des deux surdoués s'imposait.

L'Apple I, qui ne fit pas un tabac malgré un succès d'estime, fut suivi par l'Apple II, avec son lecteur de disquettes Apple Disk II. Mais les choses sérieuses n'ont vraiment commencé pour la firme qu'avec le lancement de l'Apple III en 1980, à un moment où la société avait déjà quelques milliers d'employés.

Jusque-là Wozniack et Steve tenaient les rênes de la société. Mais Wozniack, blessé dans un accident d'avion et malade, a fini par s'en éloigner. Steve Job, sentant peut-être qu'il n'avait pas la bosse des "grands patrons" pour développer une société devenue aussi "sérieuse" qu'Apple, s'entoura de gestionnaires professionnels. Avec seulement 11 % des actions, son influence diminua; c'est ainsi qu'il fut écarté en tant que chef de projet de l'ordinateur Lisa qui devait être la production suivante de la firme. Steve Job mit alors sa force et son énergie dans un autre projet, celui du Macintosh auquel il croyait dur comme fer. C'est autour de cette période qu'IBM, après beaucoup d'hésitations, se lança dans la micro-informatique: jusque-là, la première société informatique ne travaillait que dans la grosse informatique. L'entrée d'IBM dans l'informatique familiale se traduisit par le lancement, en 1981, du premier PC (Personal Computer).

Pendant ce temps Steve Job affinait son projet du Macintosh, essayant notamment de convaincre les développeurs et programmeurs à créer des logiciels pour son futur nouveau-né. Le premier Macintosh naît en 1984, alors que Job avait laissé la barre de la société à John Sculley (un ancien dirigeant de Coca-Cola).

Les deux hommes finiront par ne plus s'entendre. Comme l'affirme un historien d'Apple, "Sculley pensait que Job était dangereux et hors de contrôle alors que Job croyait que Sculley n'y connaissait rien sur l'industrie informatique, et qu'il ne faisait aucun effort pour comprendre". Ce qui devait arriver arriva: la démission de Steve Job, co-fondateur d'Apple, après une ultime tentative ratée - il n'a pas été suivi par les actionnaires - pour reprendre le contrôle de "sa" société.

Les crises, à Apple, se sont succédé, comme les dirigeants. Après John Sculley, ce fut Michael Spindler (juin 1993), puis Gil Amelio (janvier 1996); puis de nouveau, en 1997, le retour de Steve Job qui, par la grâce d'un rachat par Apple de la société qu'il avait fondé, NeXT, revint au bercail, finissant par provoquer la démission de Gil Amelio.

Parallèlement à tous ces mouvements et crises de croissance, Apple n'a pas cessé d'innover, même si ce fut dans la douleur des pertes budgétaires et des licenciements. L'innovation fut d'ailleurs le style de la firme à la pomme et l'on considère par ailleurs qu'Apple est la société qui a eu le plus de "premières" dans l'industrie de la micro-informatique.

Côté produits, Apple, après le premier Macintosh, s'est distingué par l'introduction de son imprimante LaserWriter, le tout sortant en même temps que le premier véritable programme de PAO (publication assistée par ordinateur), Page Maker, créé par un ancien imprimeur. Alors que Page Maker, à l'époque faisait - tant bien que mal - du "Wysiwig" (1), les ordinateurs PC et compatibles PC ne disposaient d'aucun programme de même calibre. Voilà ce qui a fait et fait encore aujourd'hui des plates-formes Macintosh des systèmes dominants dans le monde de l'édition électronique, même s'il faut reconnaître qu'en terme de convivialité les PC/Windows d'aujourd'hui se sont rapprochés du Mac.

Le Mac II sort en 1987, suivi du Power Book. Une évolution notable surviendra avec les plates-formes Power Mac (1994) qui utilisent un nouveau type de processeur, les Power PC, développés conjointement par IBM (ancien concurrent), Motorolla et Apple. Aujourd'hui, ces mêmes processeurs ont évolué vers les modèles Power PC G3 encore plus plus puissants.

L'année dernière (1998), l'arrivée de l'i-Mac a été un véritable événement et a propulsé les ventes d'Apple, après plusieurs années de politique incompréhensible, dont l'une des manifestations les plus étonnantes fut le retrait des licences de constructions accordées quelques années auparavant à certaines compagnies. L'i-Mac, nouvel ordinateur d'entrée de gamme d'Apple, taillé pour l'Internet, se caractérise par une puissance plus que confortable. On peut regretter qu'il n'intègre pas de lecteur de disquette (celui-ci est proposé en tant qu'élément séparé), mais cet ordinateur tout-en-un (unité centrale, écran, lecteur de CD, modem forment un bloc) a reçu un accueil plus que favorable de la part du public et a même réussi - chose rare jusque-là -, à rallier dans son camp d'ex-pécéïstes convaincus.

On ne peut parler de l'histoire d'Apple sans évoquer son système d'exploitation. Soulignons, tout d'abord, qu'Apple, constructeur à part entière, est aussi une firme entièrement à part. C'est pratiquement la seule société informatique qui produit à la fois son matériel et son système d'exploitation, c'est-à-dire le "hard" et le "soft" qui va avec. Les autres proposent, en général, l'un ou l'autre. Cette particularité constitue à la fois la force et la faiblesse d'Apple. La force, parce que cela lui a permis, sans nul doute, de produire des ensembles cohérents qui fonctionnent de façon tout à fait transparente, alors que, pour les PC où les machines et le système d'exploitation sont produits séparément, on rencontre souvent des "incompatibilités" et autres bogues. Mais c'est aussi la faiblesse du Mac: là où la concurrence inonde le marché de machines PC de tous genres, de toutes configurations et de tous prix, Apple ne peut suivre et, généralement, l'un des reproches qu'on lui fait, ce n'est pas que ses machines soient de mauvaise qualité mais qu'elles sont trop chères par rapport à celles du monde PC disponibles en abondance.

Aujourd'hui le système d'exploitation des Macintosh, le Mac OS 8, a remplacé le système 7, lui même précédé du système 6. Ce système a eu, au début, des démêlés avec Windows de Microsoft, petit frère plus convivial de l'austère DOS du même fabricant. En 1996, Apple et Microsoft ont signé des accords qui ont contribué, pourrait-on dire au "sauvetage" de la firme à la pomme alors qu'elle était au bord du gouffre. Mais, bien avant cela, avant l'introduction de Windows 1.0 en 1989, première mouture de Windows 98, Apple s'était plaint du fait que l'interface de Microsoft s'inspirait un peu trop voyamment de celle du Macintosh. Ce qui en est sorti, c'est que Bill Gates a accepté, écrit un historien du Mac, "un compromis de sorte que Microsoft n'utiliserait pas la technologie du Mac dans Windows 1.0". Malheureusement, les avocats de Microsoft ont été plus avisés que ceux d'Apple, puisque l'accord ne concernait que Windows "1.0" et non les versions ultérieures du système qui, évidement, avaient un autre nom (Windows "2.0", Windows "3.1"; Windows "95", etc.). Il était difficile, dans ces conditions, de marquer des points dans les autres confrontations judiciaires sur l'interface de Windows. Finalement, c'est lors de l'accord de 1996, quand Microsoft racheta des actions à Apple en y injectant 150 millions de dollars, que le numéro un du logiciel accepta également de verser à Apple une somme - gardée secrète, semble-t-il - pour régler définitivement les accusations de "copie" de l'interface du Macintosh. Peut-être que les choses resurgissent aujourd'hui, d'une manière ou d'une autre, dans le long procès intenté contre Microsoft... Il faut, malgré tout, atténuer ces accusations de copie en soulignant qu'Apple a également été inspiré, dans la conception de son interface, par une visite de Steve Job au parc XEROX en 1979 d'où est venue l'idée de développer l'ordinateur Lisa. Rien ne se fait ex-nihilo, et l'on doit toujours quelque chose à quelqu'un dans une interactivité sans fin. La bonne idée des menus contextuels, lancée par Windows 98, a aussi été reprise dans Mac OS 8...

Ceci dit, où en sont le Macintosh et Apple aujourd'hui. Malgré le succès de l'i-Mac et des nouveaux ordinateurs qui fonctionnent avec le Power PC G3, les compatibles PC dominent toujours le marché de la micro-informatique et il est loin le temps où Apple constituait une véritable menace pour le monde PC. Jusqu'à preuve du contraire, les Mac constituent à peine 5 % du marché des micro-ordinateurs et ne sont vraiment dominants que dans le secteur de l'édition et du graphisme (imprimeries, presse, flasheurs, ateliers graphiques). Il ne s'agit là que d'une infime partie des utilisateurs d'ordinateurs.

Paradoxalement, le Macintosh souffre de son image d'ordinateur "graphique", car beaucoup pensent que le Mac n'est "fait que pour ça" sans lui donner sa chance dans d'autres domaines: gestion, comptabilité, serveurs, etc. Au total, il est toujours plus délicat de trouver des jeux, des programmes, des disques durs, des spécialistes, etc., pour les Macintosh. On préfère de ce fait dans la plupart des entreprises, histoire de suivre la "ligne de masse", s'équiper de matériel de type PC et compatibles.

Pourtant, si l'on parle aujourd'hui du bogue de l'an 2000, celui-ci n'existe en soi que dans le monde des PC, créé par cette absurde idée de base de limiter les dates à deux chiffres pour économiser de l'espace-disque. Les ordinateurs Macintosh, dès leur conception en 1984, ont intégré une solution à ce problème au point que, si aujourd'hui, tous les ordinateurs étaient des Mac, il aurait été un non-problème.

Mais tel est le marché. Macintosh est, certes, un surdoué, mais il lui est arrivé ce qui arrive à beaucoup de surdoués : ils ne réussissent pas forcément leur parcours. Reste à savoir si, maintenant, Apple va rebondir comme le souhaitent tous ceux qui considèrent que le Macintosh est le "meilleur micro-ordinateur du monde". Mais là, c'est vraiment une autre histoire.

Alain Just Coly

(1) : Voir la rubrique "Leçon de bits"


20 % de part de marché au Sénégal

Mac a fait son apparition depuis maintenant près de deux décennies. Et depuis lors, sa côte de popularité n'a pas baissé chez les grands utilisateurs et inconditionnels de Mac. Mais qui sont-ils au juste et qu'est-ce qui les amènent à préférer les produits du fabricant industriel que constitue Apple? Selon François Ciss de chez ATI, l'une des entreprises sénégalaises spécialisées dans le matériel informatique (hard et soft), c'est une longue histoire d'amour dont l'origine remonte au début des années 80, lorsque Mac est apparu sur le marché sénégalais.

Les principaux utilisateurs sont les maisons d'édition, les éditeurs de presse, les imprimeries, les ateliers de création publicitaire, les architectes, les chercheurs biologistes, les stations de radios... Cette cible qui peut sembler large, est en fait très restreinte. Comme l'explique M. Ciss, les ventes de Mac ne représentent qu'environ 20 % des ventes totales de sa maison de distribution.

"Nous avons lancé une stratégie pour doper les ventes, mais sur sept mois, nous n'avons vendu que 70 Mac, alors que sur trois mois, nous pouvons écouler jusqu'à plus de 200 PC". Son sentiment est qu'en dépit de sa forte convivialité, Mac peine encore à tenir la concurrence des PC, qui ont été dopés ces dernières années, par l'arrivée sur le marché des logiciels "Windows 95 et 98".

Si donc les Mac sont très puissants et conviviaux, qu'est-ce qui explique qu'ils soient en terme de vente à l'unité, loin derrière les PC? Le responsable de ATI souligne que Apple est handicapé par le "coût total de possession" d'un Mac. M. Ciss explique qu'outre le prix plus élevé d'un Mac par rapport à un PC, souvent d'autres coûts additionnels sont à prévoir qui augmentent avec la durée d'utilisation de la machine.

Aujourd'hui, dans les ventes de micro-ordinateurs, les Mac continuent à tenir le rythme. En Amérique, en Europe et en Asie, Apple est en train de renaître avec des ventes dopées par l'arrivée du nouveau né de la firme américaine, le déjà célèbre i-Mac. Pourquoi cette levée n'a pas encore lieu chez nos distributeurs? De l'avis de Théo Eloka de Génie Informatique, il existe un blocage infranchissable constitué par l'absence au Sénégal de politiques de crédit menées par des banques et établissements financiers ouvertes et soucieuses d'apporter un appui aux entreprises et aux ménages, tout en gagnant de l'argent.

Il a déploré la frilosité des banques, alors qu'un peu partout, les ventes de matériels informatiques sont soutenues par des opérations de crédit-bail où à travers d'autres formules qui auraient permis aux entreprises de s'équiper. L'informatique familiale n'existe pas encore à cause de l'absence de politique de crédit adéquat en direction des ménages. Quel est le Sénégalais qui peut payer au comptant un micro-ordinateur dont le prix tourne autour d'un million de francs CFA? C'est seulement par un plus facile accçès au crédit que cet écueil aurait pu être surmonté", a réagi M. Ekola.

Cheikh Thiam


Tarifs de l'Internet : les internautes protestent de plus en plus contre le coût du réseau mondial

Un peu partout, on commence à maugréer contre le coût de l'Internet. Après l'euphorie du Web et de l'e-mail, les internautes retombent sur leurs pieds et se posent des questions. Au prix des connections actuelles, il sera très difficile de garder le clic et, déjà, après les murmures, des grognements se font entendre un peu partout en Europe comme aux Etats-Unis.

Depuis quelques temps, en effet, des protestations musclées à propos des tarifs d'Internet, sont apparues dans divers pays: aussi bien en Espagne, en France et en Allemagne qu'en Pologne, en Chine, en Tchécoslovaquie et aux Etats-Unis, et probablement ailleurs aussi.

On parle beaucoup du réseau mondial comme étant la source d'informations la plus large. C'est vrai en un sens, mais dans un sens seulement. Aussi importante que soit cette source d'informations, il faut reconnaître que son accès peut s'avérer "étroit" et difficile pour bien des personnes. Même pour ceux qui y ont déjà accès, se pose dramatiquement le problème de la permanence de cet accès, car, plus on est connecté, plus la facture téléphonique est lourde.

L'Afrique est encore plus dramatiquement concernée par le problème des coûts du réseau mondial dans un continent où le coût de la technologie est toujours plus élevé qu'ailleurs.

Les protestations à travers le monde, en tout cas, se multiplient : "L'Internet devrait être accessible à tous", dit un étudiant allemand qui poursuit qu'il souhaite "forcer les monopoles à baisser les tarifs locaux".

En Afrique, nous avons encore plus de raisons de nous inquiéter des tarifs de l'Internet. Si l'internet doit constituer un "raccourci vers le développement", par la masse de connaissances qu'il peut mettre à notre disposition, on peut regretter que surfer sur le Web coûte si cher en fin de compte. Cela commence par l'abonnement à 10 000 F par mois auprès d'un fournisseur d'accès.

À cela, il faut ajouter les communications : 1 800 F CFA l'heure. Si l'on prend l'exemple d'un chercheur ou d'un consultant qui travaille une heure par jour avec le réseau (ce qui n'est pas exagéré entre l'envoi des courriers, leur lecture et la consultation des pages Web), cela lui en coûtera chaque bimestre quelque 108.000 F, à ajouter, bien sûr, au coût de ses ..."coups" de téléphone! Personne ne soutiendra qu'une telle facture est raisonnable. On le soutiendra d'autant moins qu'ailleurs, en Europe et aux États-Unis par exemple, où les internautes sont censés être globalement plus aisés qu'en Afrique, les gens protestent pour des tarifs encore moins chers mais jugés encore élevés.

Aux États-Unis, par exemples, l'accès illimité coûte moins de 20 dollars par mois (grosso modo moins de 12.000 FCFA). Dans ce pays, en effet, les communications locales ne coûtent presque rien. En France, l'heure de connexion ne semble pas dépasser les alentours de 1.500 F, alors qu'en Allemagne elle se situe à environ 1800 F avec un règlement de 13.000 F mensuels au fournissseur d'accès.

Les internautes "rebelles" se prennent tellement au sérieux qu'un groupe s'est constitué - "Campaign for Unmetered Telecommunications". Il est même prévu d'organiser cette année une journée d'acton européenne sur ce thème.

Évidemment, les opérateurs de télécommunications regardent tout cela avec d'autres yeux. "Ce n'est pas cher", dit un porte-parole de Deutsche Telekom AG, la compagnie allemande de télécommunications, minimisant des mouvements qu'il considère simplement comme le fait "d'élèves et d'étudiants" qui désirent des accès "bon marché de façon continue".

Sur les grèves qui ont déjà eu lieu, notamment en France et en Espagne, les appréciations divergent, selon qu'on se situe ici ou là. La grève d'Internet, qui a eu lieu en France le 13 décembre dernier n'a eu qu'un effet mineur selon une représentante de France Telecom (10 pour cent de trafic en moins), mais les organisateurs de cette grève virtuelle - si on peu l'appeler ainsi - estiment, pour leur part, son impact à 20-25 pour cent du trafic. En Espagne un mouvement similaire a eu lieu en septembre, provoquant au passage une baisse des tarifs locaux.

Alain Just Coly

(Des informations du "New York Times" ont contribué à la rédaction de cet article)


Leçon de bits

Voici, utile pour certains lecteurs, l'explication de quelques termes utilisés dans ce dossier sur le Macintosh.

o PAO - PAO signifie " publication assistée par ordinateur " et se dit " DTP " en anglais (" Desk Top Publishing "). La PAO désigne l'ensemble des opérations qui concernent la mise en page à l'écran d'un imprimé. Le matériel de PAO est composé, à la base, d'un micro-ordinateur, d'un logiciel de traitement de texte (Word ou Nisus, par exemple) et d'un logiciel de mise en page (Page Maker ou XPress par exemple). On y adjoint une imprimante laser pour le tirage des pages montées et un scanner pour le traitement des illustrations réalisées grâce à un programme de retouche d'image (Photoshop, par exemple)

o Pré-presse - Le pré-presse (on lit parfois "la" pré-presse) est l'ensemble des opérations d'éditing qui s'exécutent avant l'impression chez un imprimeur: pré-(avant)-presse(presse de l'imprimerie). Le pré-presse concerne donc la préparation d'un document pour sa reproduction sur une presse d'imprimerie. Font partie du pré-presse au sens large: la composition, la conception, la mise en écran (montage PAO), le traitement des photos, la séparation des couleurs... Le pré-presse s'achève au moment du tirage des films et c'est là que l'imprimeur prend le relais pour la fabrication de l'imprimé.

Flashage - C'est l'opération qui consiste à réaliser un film à partir d'un fichier informatique (contenu dans une disquette, une cartouche Zip, etc.). Les flasheurs disposent de machines et de logiciels particuliers qui leur permettent ce genre d'opérations. Ils réalisent également le tirage de films quadri. En général le flashage se fait à une haute résolution: 2400 dpi ou plus. Le flashage est inclus dans le travail de pré-presse.

Composition chaude et composition froide - La composition, c'est la technique qui consiste à saisir un texte destiné à être édité (journal, livre, brochure, etc.). Au cours des âges, elle a énormément évolué.

La composition chaude désigne l'ancien système de composition à partir du plomb. Elle comprend notamment la composition manuelle (unique système utilisé jusqu'à la fin du XIXème siècle), la composition mécanique (à l'aide de composeuses-fondeuses comme la Linotype ou par machine Monotype)... Quant à la composition froide, elle désigne toute forme de composition qui n'utilise pas le plomb: font donc partie de cette catégorie la photocoposition et la composition sur micro-ordinateur.

o Photocomposition - Procédé de composition froide. C'est un "procédé qui permet de composer directement des textes sur un film ou sur un papier sensible [bromure], grâce à l'utilisation des techniques de la photographie". ("Pratique du secrétariat de rédaction", Editions du CPJ, Paris). Un système de photocomposition comprend, fondamentalement, un clavier, un calculateur et une unité photo.

o Wysiwig - Signifie "What You See Is What You Get. Ainsi dit parce qu'avant l'arrivée de programmes comme Page Maker ou XPress, l'édition électronique existait, mais elle se réalisait d'une tout autre manière, sans que l'opérateur puisse voir à l'écran le vrai résultat de ce qui allait sortir. Les programmes de PAO et les micro-ordinateurs, particulièrement le Macintosh, ont inaugué l'ère de l'édition où l'opérateur voit littéralement sur son écran de travail la page telle qu'elle sera imprimée, avec les caractères dans leur forme réelle, les illustrations, les filets, les trames, les couleurs. D'ou l'expression "What you see is what you get", littéralement: ce que vous voyez (à l'écran) est ce que vous aurez (à l'impression).

Alain Just Coly


Humour : Le logiciel matrimonial*

L'année dernière, un ami a fait évoluer son PetiteAmie 3.1 en PetiteAmie Plus 1.0 (connu en interne sous le nom de Fiancée 1.0) sans problème apparent, si ce n'est l'ajout d'un petit élément de hardware.

Récemment, il a fait évoluer PetiteAmie Plus 1.0 en Epouse 1.0, et c'est gourmand en mémoire. ça occupe tout l'espace, et Epouse 1.0 doit être démarré avant de faire quoi que ce soit. Bien qu'il ne les ait pas commandées, Epouse 1.0 a été livré avec des extensions telles que BelleMère, BeauPère et BeauFrère. Il ne faut pas oublier la création de sous-programmes Enfants qui consomment énormément de ressources. De plus, lors de la désinstallation d'Epouse 1.0, ces sous-programmes sont également effacés, mais un programme PensionAlimentaire est créé, programme consommant encore plus de ressources que les programmes Enfants.

Une solution à ce bug semble être ProcèsPourLaGarde 1.5, mais ce programme a de nombreux défauts.

*Lu dans "le Journal du CARI", n° 4, du 15 octobre 1998, publié lors du Colloque africain pour la Recherche en Informatique (Dakar, 12-15 octobre 1998) par les étudiants de l'Ecole supérieure polytechnique.

General Motors contre Bill Gates

Lors d'un salon informatique (ComDex), Bill Gates a comparé l'industrie informatique avec l'industrie automobile pour obtenir la conclusion suivante: "Si General Motors avait eu la même progression technologique que l'industrie informatique, nous conduirions aujourd'hui des autos coûtant 25 dolars et qui parcourraient 1600 km avec un gallon d'essence".

A cela, General Motors, par M. Welch, répondit ouvertement lors d'une conférence de presse.

"Si General Motors avait développé sa technologie comme Microsoft, les voitures que nous conduirions aujourd'hui auraient les propriétés suivantes :

"1. Votre voiture aurait un accident sans raison compréhensible deux fois par jour.

"2. Chaque fois que les passages protégés seraient repeints, il faudrait racheter une nouvelle voiture.

"3. Occasionnellement, une auto quitterait l'autoroute sans raison connue. Il faudrait simplement l'accepter, redémarrer l'auto et reprendre la route.

"4. Parfois, lors de manuvres particulières, comme par exemple prendre une courbe à gauche, l'auto ferait un simple tout droit puis refuserait de repartir. Pour cela, il faudrait procéder à un échange standard du moteur.

"5. Les autos ne seraient livrées qu'avec un seul siège, car il faudrait choisir entre "Car95" et "CarNT". Chaque siège supplémentaire devrait être commandé à l'unité.

"6. Macintosh développerait des voitures fonctionnant à l'énergie solaire, fiables, cinq fois plus rapides et deux fois plus légères. Mais elles ne pourraient emprunter que 5 % des routes.

"7. Les témoins d'huile, de température et de batterie seraient remplacés par un unique témoin 'Défaillance générale'.

"8. Les sièges exigeraient que chaque passager ait la même taille et le même poids.

"9. L'airbag demanderait 'Etes-vous sûr ?' avant de s'ouvrir.

"10. Occasionnellement, la condamnation centralisée de la voiture se bloquerait. Vous ne pourriez alors la rouvrir qu'au moyen d'une astuce, comme par exemple simultanément tirer la poignée de la porte, tourner la clé dans la serrure et, d'une autre main, attraper l'antenne radio.

"11. General Motors vous forcerait à acheter avec chaque voiture un jeu de cartes routières Deluxe de la société Rand McNally (depuis peu filiale de General Motors), même lorsque vous ne souhaitez pas ou vous n'avez pas besoin de ces cartes. Au cas où vous ne prendriez pas cette option, la voiture roulerait 50 % moins vite. A cause de cela, General Motors deviendrait une cible fréquente de procès.

"12. A chaque fois que General Motors sortirait un nouveau modèle, chaque conducteur devrait réapprendre à conduire, car aucune des commandes ne fonctionnerait exactement comme dans les modèles précédents.

"13. Enfin, il faudrait appuyer sur le bouton "Démarrer" pour stopper le moteur".


Gilles Raillard dans nos murs

Sa voix est désormais familière aux auditeurs de la Radio mondiale, notamment ceux d'entre eux qui s'intéressent aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Son nom Gilles Raillard, journaliste-chroniqueur sur le multimédia à RFI.

De passage à Dakar pour des vacances de fin d'années, il nous a rendu, en début de semaine, une visite de courtoisie marquée par des échanges informels avec des membres de la rédaction.

Gilles Raillard a révélé à l'occasion le projet à très court terme de RFI de faire de son site Internet, un site d'information en continu, avec une rédaction autonome renforcée s'appuyant sur MFI, le département multimédia de la radio. Il s'agira ainsi d'institutionnaliser des expériences qui n'avaient lieu jusqu'ici qu'en de grandes occasions, notamment le dernier sommet France-Afrique pour lequel le site RFI a assuré une couverture virtuelle de l'événement en "temps réel".


Médias africains et Internet : au-delà de la beauté des sites... 2. Saisir les opportunités

Dans le précédent article de ce volet (voir "le Soleil Multimédia" de notre édition du samedi 12 décembre ou notre site Web, rubrique "Cahiers et Spéciaux", sous-rubrique "le Soleil Multimédia", édition du 12 décembre), l'auteur a traité de l'importance de l'Internet pour l'Afrique et a cité quelques exemples de réussite dans les applications des nouvelles technologies de l'information. Parmi, ces réussites, notamment le réseau MisaNET d'Afrique du Sud, l'agence panafricaine d'information (PANA), ainsi que des quotidiens qui ont reçu des distinctions pour la qualité de leurs sites. Le deuxième et dernier volet, qui revient sur l'expérience sud-africaine, aborde aussi les bénéfices que notre continent peut réellement tirer de l'Internet, non sans avoir répertorié les principaux obstacles à aplanir.

L'Afrique du Sud est bien un cas à part. Et là, à défaut de magazine Web, comme chez les Américains, des éditions online très différentes des éditions sur papier et parfois gérées de manière plus ou moins autonome, existent. Nous pouvons citer le cas du "Weekly Mail & Guardian" qui, dès 1994 déjà, avait pris la décision de présenter une version online du journal, y affectant deux des agents les plus compétents de la maison. "The Independant" et le groupe qui en est le propriétaire sont très présents sur le Net et commencent à en tirer des bénéfices substantiels à travers la publicité. Ce dernier journal, comme le "Weekly Mail & Guardian" a réussi à mettre ses archives sur le Net donnant ainsi accès à une source de documentation fabuleuse, accessible partout dans le monde, à ses "visiteurs" puisqu'il faudra s'habituer à ce terme pour identifier les usagers des médias présents sur le Web.

C'est aussi dans ce pays qu' a été lancé le projet "Q-Radio", station musicale exclusivement online qui vise non seulement les Sud-Africains de l'intérieur et de la diaspora, mais a aussi comme objectif (affiché dès le départ) de "corriger les déséquilibres", selon ses promoteurs en montrant au public américain et mondial d'autres facettes de la musique sud-africaine, différente de celle choisie par les grands studios de Londres ou de Paris. Le but, disent-ils, est d'inverser les courants des flux de l'information dans ce domaine précis.

Défis et perspectives

Mais autant, des perspectives réelles s'offrent aux patrons de presse africains, pour le développement d'Internet au profit de leur médias, autant les défis sont immenses. De toutes façons, c'est en ayant une claire conscience de l'un et une vision exacte de l'autre que les responsables et les acteurs des médias africains pourront tirer leur épingle du jeu.

Les défis sont d'abord et avant tout ceux de la "connectivité". Sur le plan mondial, on nous apprend déjà que seul 2 % de la population mondiale sont connectés sur Internet. Les plus optimistes parlent de 3%. Donc imaginez-vous ce qu'il doit en être de l'Afrique. S'agissant du téléphone , selon les chiffres de l'Union internationale des Télécommunications, le taux de connection est de 1 pour 1000 en Afrique subsaharienne (sauf encore une fois pour le cas particulier de l'Afrique du Sud) alors que la moyenne dans les pays développés est d'environ 1 pour 40. Voilà des obstacles qui, objectivement, s'opposent à l'utilisation à grande échelle d'Internet.

Par ailleurs, le coût d'un PC, d'un modem et de l'abonnement à une ligne téléphonique sont suffisamment des charges que seules peuvent se permettre une infime minorité d'Africains. Il s'agit là du premier grand obstacle.

Le deuxième obstacle, institutionnel celui-là, mais qui ne résistera pas à la poussée de la mondialisation, est lié à la nature répressive de certains régimes qui récemment encore, interdisaient la connection sur le réseau Internet (Cameroun). Il faut ajouter à cela, le manque d'infrastructures adéquats dans les pays en guerre. C'est ainsi que, par exemple, l'Angola et le Mozambique n'étaient pas encore connectés au réseau Misanet évoqué plus haut jusqu'au début de 1998. Comment peut - on convenablement accéder à Internet si déjà un simple appel téléphonique prend des heures, et n'aboutit qu'à la énième tentative comme c'est encore aujourd'hui le cas au Zaïre et au Nigéria ?

Ces deux obstacles surmontés, il ne restera plus aux responsables des médias africains qu'à être audacieux et visionnaires et de savoir qu'Internet ne se réduit pas à la création d'un site Web. Au delà de cette réalisation, qui n'est qu'une amorce, une profonde mutation est à opérer et de nouvelles compétences à acquérir. Les ressources humaines sont potentiellement disponibles , mais encore faudrait-il savoir les adapter aux besoins des médias ou alors faire le chemin inverse, adapter les acteurs actuellement en charge à la nouvelle donne.

Le débat est lancé, et des tentatives d'approfondir la réflexion sont apparues çà et là, avec à chaque fois les mêmes réponses: les moyens sont ce qui manque le plus.

Mais le défi, s'il peut se résumer en une seule question, est de savoir comment utiliser et rentabiliser Internet au mieux des intérêts des médias africains? Ce qui laisse en filigrane une question subsidiaire : comment intéresser le plus grand nombre et surtout comment rendre accessible des outils, qui aujourd'hui relèvent du luxe, à la grande masse des populations de l'Afrique subsaharienne

Quant aux perspectives, la plus heureuse et la plus exaltante d'entre elles est qu'Internet offre enfin à l'Afrique, la possibilité d'avoir un flux de l'information du sud vers le nord. Un site créé au Sénégal peut bien être consulté par des millions d'Américains, et autant d'Européens, une fois l'obstacle linguistique franchi. Le fameux nouvel ordre mondial de l'information et de la communication, que les Africains et la plupart des pays du sud ont souvent réclamé lors des assises internationales, est à portée de main. Ce que ni nos journaux, ni nos radios, ni nos télévisions n'ont jamais réussi à faire, est aujourd'hui faisable, grâce à Internet. Encore faudrait-il que l'Afrique sache bien saisir cette opportunité.

Il semblerait que quelques indices soient déjà visibles sur le chemin du progrès. Si l'on en croit l'hebdomadaire "l'Autre Afrique", depuis le début des années 90, le marché africain de l'informatique connaît une croissance comprise entre 60 et 70 pour cent. Et le journal d'en conclure que cette tendance "promet des lendemains qui chantent...". Certaines sociétés informatiques en Afrique de l'ouest réalisent, grâce à ce boom, des taux de croissance de 100 pour cent de leur chiffres d'affaires. Ce n'est pas négligeable, si l'on sait qu'Internet repose essentiellement sur un développement de l'informatique.

Par ailleurs Internet, en raison des coûts relativement bas du courrier électronique permet aujourd'hui à n'importe quel organe de presse africain de se faire un réseau de correspondants à travers le continent. Si envoyer un papier de Nairobi à Abidjan coûte le même prix qu'un article envoyé par télécopie d'un point de la capitale kenyane à un autre, il y a de quoi ne plus se contenter de simples dépêches d'agences - le plus souvent des agences occidentales- et d'avoir ses propres correspondants.

Enfin et au moins pour une fois, un outil de communication offre aux médias africains la possibilité de partir sur le même pied d'égalité (ou presque) que les médias des pays développés en termes de public potentiel.

Jusque là les multinationales ont très rarement choisi les médias africains comme support dans leurs campagnes publicitaires . Or on sait ce que ces campagnes apportent à la presse dans les pays développés. Il y a là des opportunités à saisir pour les médias qui sauront s'adapter et s'attaquer à ce marché avec le professionnalisme qu'il faut.

Pour finir, on peut estimer qu' à l'heure de la mondialisation, Internet crée pour les médias africains de réelles opportunités. Certes le chemin est parsemé d'embûches, mais les résultats que l'on peut en attendre valent que le parcours du combattant soit effectué. Il commence par la réflexion qui doit aboutir à des actions concrètes. Les acteurs d'Afrique au sud du Sahara ne doivent pas attendre demain pour lancer leurs supports (magazines, radio...) "online"

A ceux qui se disent "leaders d'opinion" de ne pas se laisser dépasser par les événements. Il s'agit de s'adapter ou... périr, pour calquer sur une devise bien de chez nous.

Hamadou Tidiane SY Journaliste-Consultant
BP 11179
Dakar Peytavin
Email:syacc@cyg.sn

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