Exelvision

Jacques Palpacuer
©Hebdogiciel N°160 - 7 Novembre 1986

En 1983, c'est la CGCT - puissante compagnie de téléphone - qui permet à Jacques Palpacuer, ancien de Texas Instruments de créer sa société. Les banquiers et les investisseurs sont persuadés qu'une petite société comme Exelvision, à l'abri d'un grand groupe comme la CGCT ne peut faire que de grandes choses. Et effectivement, quand l'EXL 100 est enfin prêt, les investissseurs sont ravis et se félicitent d'avoir mis leur pognon dans cette bonne machine, pas trop chère et bourrée d'innovations techniques comme la synthèse de parole.

Malheureusement tout se gâte très vite quand, quelques temps après, l'Amstrad arrive sur le marché avec son moniteur fourni et ses prix asiatiques. L'inertie de la CGCT empêche toute réaction rapide et c'est le commencement d'une longue série d'emmerdements pour Exelvision.

http://perso.wanadoo.fr/fabrice.montupet/exelvin4.htm

-Quel être votre métier chez Texas Instruments ?

J'étais directeur européen grand public chez Texas Instruments

-Quelles étaient les activités de Texas Instruments ?

Les activités chez Texas Instruments étaient divisées en 3 groupes distincts :

-Calculatrices (TI57, TI58, TI59…)
-Micro-Ordinateurs (TI99/4A)
-Jeux éducatifs

-Pourquoi s'être lancé dans l'aventure de la micro-informatique?

C'était pour le goût de l'aventure.

-Un peu comme une start-up ?

Parfaitement ! Le goût du risque. Créer un ordinateur innovant est intéressant

-Quel être votre métier d'avant ?

J'étais directeur européen grand public chez Texas Instruments

-Qui a créé Exelvision?

Moi même, puis j'ai embauché 2 personnes: Christian Petiot et Victor Zebrouck

-D'où vient le nom d'Exelvision ?

Un brainstorming interne. Exel (évident), Vision parce que notre processeur vidéo était le premier processeur graphique sur une machine 8 bits

-A quelle société avez-vous tenté de vendre le concept de l’EXL100 ? A Texas Instruments ?

TI n'était pas intéressé car déjà en 1983 l'activité grand public était menacée (je connaissais bien la situation!). La stratégie de TI se re-orientait déjà vers le composant électronique et les systèmes à base de DSP.

J'ai rencontré, Matra, Philips, Siemens, Krone (Allemagne), Olivetti, Bull, Thomson etc...

Les bons partenaires, hélas, n'existaient pas en Europe! Aujourd'hui, la même situation persiste c'est la raison pour laquelle si peu d'entreprises industrielles voient le jour. Les investissements se concentrent uniquement dans le logiciel, et dans le contenu mais jamais dans l'activité produit industriel. Seuls, les grands groupes européens continuent à investir dans l'industrie électronique. Les concurrents sont quelques américains et beaucoup d'asiatiques.

Le financement de l'activité industrielle est IMPOSSIBLE en Europe !

Personne n'est prêt à assumer les risques! Les investisseurs financent "facilement" de l'immobilier et des activités liées au contenu.

L'objectif n°1 des grands groupes (à qui j'ai présenté Exelvision) reste de verrouiller les marchés de services qui naissent et de se retrouver en situation d'Oligopole pour éviter avant tout les situations concurrentielles et de protéger leur marge avec des barrières à l'entrée pratiquement infranchissable. Par exemple, dans le secteur du téléphone mobile les trois licenciers GSM en France (au coût prohibitif pour une nouvelle entreprise): Orange, SFR et Bouygues en sont la parfaite illustration. Tous les autres pays européens se comportent de façon identique.

Il est intéressant de noter que, par exemple, l'émergence de Nokia en tant leader mondial de l'électronique grand public est en fait le fruit d'une diversification réussie d'un groupe industriel finlandais qui a su utiliser ses ressources générées dans l'industrie lourde traditionnelle: exploitation du bois et de la pâte à papier, pour se positionner en tant qu'industriel de l'électronique. Nokia s'est fixé des objectifs de marchés à l'échelle mondiale et a su utiliser intelligemment de sources de financement très importantes et sans dépendre pas de "frileux" financiers ou investisseurs européens.

-Avec tout ces refus, n’avez-vous jamais été tenté d’abandonner l’aventure ?

Non, j'étais déterminé à créer une entreprise industrielle dans le secteur de l'électronique grand public.

-Quel était votre capital de départ pour Exelvision ?

Le capital de départ était de 200.000 francs (avant création de l'entreprise).

Quand sont apparus Messieurs Petiot et Zebrouck dans l’aventure Exelvision ?

Pratiquement dès le départ avant que la société ne soit formée

-Combien étiez vous chez Exelvision ?

Nous avons commencé à 7-8 pour finir à une cinquantaine de personnes

-Quelle était l’ambiance au sein d’Exelvision ?

L'ambiance au sein d'Exelvision était à mon avis excellente. Typiquement PME, avec beaucoup d'engagement de la part de chacun et en fonction ses capacités.

Nous avions malheureusement peu de temps à consacrer au relations extérieures; presses et autres lorsque nous développions nos produits. Encore une fois, peu de moyens et beaucoup trop d'exploits personnels pour atteindre nos objectifs ambitieux!

-Est il vrai que l'Exl 100 devait être une console de jeux vidéos ?

Nous pensions au début des années 80 qu'il existait plusieurs marchés:

1. Le marché de la console de jeu (marché qui a explosé à plusieurs reprises et qui se concentrent avec des standards différents et trois ou quatre marques mondiales)
2. le marché de l'ordinateur jouet pour les enfants de moins de 8 ans (qui existe toujours et qui vivote)
3. le marché des ordinateurs pour enfants et ados de 8 à 15 (marché qu'Exelvision visait et qui a disparu)
4. le marché de l'ordinateur personnel (aujourd’hui dominé par Microsoft)

Tout est en fait revient à une question de prix public :
Les consoles de jeu de 100 à 250 euros se vendent bien, les jouets ordinateurs de 50 à 150 euros relativement bien
Les pc par une baisse de prix spectaculaire fin des années 80 ont bloqués les ventes des ordinateurs "entrée du marché" précipitant la fin de ces produits. Aujourd'hui, les PC bas de gamme commencent à 500 euros ce qui élimine le marché des ordinateurs d'entre de gamme. Les médias (dans le monde entier) ont largement contribués à la disparition des ordinateurs non Microsoft en évoquant sans cesse l'inexistence de logiciel et en mélangeant les besoins grand public et professionnel. Ces distinctions ne sont plus de mise aujourd'hui compte tenu de la puissance des PC. Le développement de l'informatique a été largement ralenti par l'adoption du standard Microsoft et l'on dû attendre pratiquement vingt ans pour que le grand public s'intéresse à nouveau à l'informatique domestique lorsque le prix de vente et revenu au niveau de 500 à 700 Euros TTC.

Quand et comment avez-vous défini ce que serait l’Exelvision ?

Il n'y a eu de nombreuses soirées et week-end passés à phosphorer sur le projet et les prototypes.

L'architecture est venue graduellement tenant compte des objectifs commerciaux, des prix d'achat, des contraintes techniques et de la livraison (probable) des composants. D'une manière générale crée un ordinateur était fonction de nombreuses contraintes autres que technique. Il serait trop facile de penser que nous avions l'entière liberté de créer avec les composants du marché. Dans l'EXL100 nous avons été parmi les premiers à regrouper la logique sur un composant pré diffusé qui réduisait de plus 20 TTL l'architecture ce que Thomson n'a pas su faire sur le TO7.

-Est  ce qu’Exelvision a conçu entièrement l’EXL100 ?

Oui

-Pourquoi existe-t-il des similitudes entre le BASIC del’EXL100 et celui du CC40 ?

L'un des ingénieurs responsable du développement de public a aussi participé au développement du CC40. Les deux produits utilisent par ailleurs des TMS 7000, ceci n'est donc pas surprenant.

Nous n’avons jamais payé de licence à Texas Instruments pour le BASIC mais nous avons travaillé à partir du BASIC du CC40. J’ai négocié, en fait, l’achat du kit de composants Texas Instruments à la condition que nous puissions utiliser certaines parties du BASIC CC40 et du codage du 7000.

Pourquoi avoir choisi un clavier et des manettes infrarouges ?

Le prix d'un téléviseur coûtait l'équivalent d'un mois de salaire pour une personne ayant un poste important. L'EXL100 devait être intégré à la télévision familiale, un peu comme un décodeur. De plus, une ménagère ne souhaitait pas voir des fils traîner, ainsi le clavier fut sans fil

-Pourquoi l'EXL100 n'emploie t'il que des composants Texas Instrument ?

Début des années 1980 eut lieu une grave pénurie des semi-conducteur TTL. Pour être sûr de se faire livrer, il fallait faire une commande importante.Comme je travaillais avant pour TI, nous avons réalisé une commande globale pour assurer la mise à disposition de toute l'électronique en temps et en heure c'est pour cela que l'EXL100 comporte autant de composants Texas Instruments.

-Pourquoi ne pas avoir opté pour un microprocesseur commun comme le Zilog Z80 par exemple ?

Nous avions fait étudié plusieurs microprocesseurs tel le Z80 ou le 650x. Le Z80 était pour nous dépassé. Le microprocesseur TI avait de bons résultats, il était économique. Avec l'utilisation du Parallel Processing, l'EXL100 allait plus vite. L'adjonction du processeur vidéo TI permettait déjà le mode graphique 320 par 240 et une entière compatibilité au standard Minitel en semi graphique et en couleur.

-Pourquoi la presse ne vous a t'elle pas aidé ?

C'est une réaction typiquement française: on vous demande d'innover mais une fois la chose réalisé, personne n'est là...Les gens deviennent jaloux et font tout pour faire en sorte qu'une nouvelle entreprise ne puisse pas se développer. Intervient alors la période des doutes qui est souvent fatale à toute entreprise innovante. A ma connaissance, jamais une PME française dans le secteur informatique ni même européenne (autre que dans le secteur du logiciel) ne s'est développé sur le long terme, plus de 10 ans, sur le marché national ou international.

-Quels étaient les types de publicité que vous avez utilisé ?

Publicité à la télévision (une trentaine de spots dans la tranche horaire des enfants) et dans les magasines.

-Pourquoi l'EXL100 avait il une finition de mauvaise qualité ?

Les moyens n'étaient pas là. Les PME françaises / européennes ne se donnent pas les moyens financiers pour réussir. Tout se fait par une série d’exploits personnels successifs et non pas comme de vrais industriels qui travaillent chaque aspect du produit et ne lancent sur le marché que des produits parfaitement aboutis. Peu à peu et sur l'Exeltel par exemple tous les problèmes de jeunesse concernant la qualité étaient largement résolus.

-Pourquoi les joysticks n'étaient ils pas de bonne qualité ?

Je voulais en acheter des touts faits et de bonne qualité mais l'on m'a dit de concevoir des joysticks et de les fabriquer en France

-Concernant la logithèque, pourquoi était elle si petite ?

Personne ne se doutait du marché des jeux vidéo. En 1985, Nintendo a fait un tabac avec sa NES. Nous ne pouvions acheter des licences, nous faisions tout le travail nous même. Tennis est le seul jeu dont nous avons acheté la licence: elle appartenait à TI et à la personne qui allait créer Micromania. Mais nous avons amélioré Tennis, nous l'avons réalisé à 90 pour cent.

-Pourquoi avoir délocalisé ?

La CGCT fabriquait l'Exelvision; C'était une grosse société qui employait environ 10000 personnes. C'était pour nous très onéreux. Déjà le problème du coût du travail et la nécessité d'être concurrentiel sous peine de disparaître très vite.

-Que s'est il passé lors du plan IPT ?

Le plan IPT devait permettre à chaque élève d'avoir accès à la micro-informatique. Plusieurs constructeurs ont lancé leurs machines : Thomson avec ses MO5 et TO7/70, Matra avec son Alice 8000, divers constructeurs avec la norme MSX et d'autres projets existaient tel Micronique. Pour ces derniers, le micro-ordinateur n'était pas prêt, les MSX n'étaient pas français (à l'époque il fallait acheter français), Matra avait acheté la licence pour produire un ordinateur de Radio Shack).

Lors de la prise de décision pour le plan IPT, Le bureau de Monsieur Trigano ne voulait admettre qu'Exelvision existait. J'ai chargé la voiture de mon responsable commercial avec une quinzaine d'EXL100 et à l'heure du déjeuner, j'ai ensuite forcé les portes et nous avons installé les EXL100 avec des programmes éducatifs. J'ai réussi à vendre 9000 EXL100 dont 900 pour les maternelles. Le ministère de l'industrie qui nous avait aidé financièrement aidé et intervenu pour faire en sorte que nous soyons retenu dans l'IPT.Nous avions donc dans ce cas là un allié de poids dans les hautes sphères de l'administration française condition obligatoire pour faire partie du plan IPT.

-L'Alice 8000 'était il pas un produit français étudié à Colmar ?

Non, j'ai eu l'occasion de discuter avec des responsables de Matra, l'ordinateur était bien Américain et venait  de Radio Shack /Tandy.

Je tiens cette information de Monsieur Lagardère en personne avec qui j'ai discuté le projet Exelvision en détail et qui s'intéressait à une prise de participation. Matra était en concurrence avec la CGCT est finalement la CGCT offrait une collaboration plus conforme aux désirs des fondateurs (indépendance, possibilité de création, flexibilité etc...).

-Est il vrai que Thomson vous mettait des bâtons dans les roues ?

Thomson installait "gratuitement" ses micro-ordinateurs dans les écoles là où il y avait les nôtres, le groupe formait des instituteurs... Ils ont perdu beaucoup d'argent mais ils pouvaient se le permettre, c'était un grand groupe.

-Qu’elle était vos relations avec Thomson ?

Je n’ai eu que peu de relations avec Thomson ; Un jour, j’ai discuté avec Jean Gerothwohl, il m’a proposé faire un Exelvision compatible Thomson ; J’ai refusé, où aurait été l’intérêt ?

-Combien étiez vous chez Exelvision ?

Nous avons commencé à 7-8 pour finir à une cinquantaine de personnes

-Quelle était l’ambiance au sein d’Exelvision ?

L'ambiance au sein d'Exelvision était à mon avis excellente. Typiquement PME, avec beaucoup d'engagement de la part de chacun et en fonction ses capacités.

Nous avions malheureusement peu de temps à consacrer au relations extérieures; presses et autres lorsque nous développions nos produits. Encore une fois, peu de moyens et beaucoup trop d'exploits personnels pour atteindre nos objectifs ambitieux!

-Quelle était la cible pour l'EXL100 ?

Les enfants, de 8 à 15 ans. L'EXL100 puis l'Exeltel était comme un cartable pour l'enfant, il y avait la possibilité de télécharger de logiciels de jeu et éducatifs pour l'aider. 5000 exercices de calcul, lecture , éveil destinés à réviser les leçons à la maison était disponible par le biais du téléchargement qui coûtait à peu près 1 à 2 franc par exercice et couvrait toute la scolarité primaire et collèges. Une dizaine d'enseignants préparaient les exercices téléchargeables. Tous ces produits faisaient suite au plan IPT et permettaient de compléter à la maison l'effort déployé par le plan IPT.

Trop ambitieux ... Jamais les enseignants n'ont suivi et le projet IPT lui même a été un gâchis d'argent public!

Quels étaient les micro-ordinateurs développés pour les pharmaciens et les mécaniciens ?

L’EXL100 et l’EXELTEL sont des micro-ordinateurs,  à ce titre des applications dites verticales ont été développées.

Oui, une application pour la gestion des commandes des pharmacies et la télétransmission a été développée.

D’autres applications verticales telle que celle pour le contrôle technique automobile ont aussi été développées. Il s’agit d’applications spécifiques qui nécessitent souvent un modem particulier et quelques développements hardware difficiles à développer sur un PC en 1985.

-Quels étaient les atouts d'une PME comme Exelvision ?

La réactivité: nous avons beaucoup innové: mise en place la technologie de téléchargement de programmes, nous étions aussi  les premiers pour l'utilisation de joysticks à 2 canaux.

Nous faisions des erreurs mais elles étaient vite corrigés: les défauts de l'EXL100 on été corrigés dans l'Exeltel.

-Avez vous eu des tentatives d'exportations ?

Oui, en Espagne avec EL CORTE INGLES. C'était un ensemble de grands magasins qui vendaient nos ordinateurs sous la marque Exelvision/AMPER (15000 machines vendues) avec synthèse vocale en espagnol.

-Outre l'EXL100 et l'Exeltel, y a t'il eu d'autres ordinateurs vendus ?

Dans la région de Denver aux USA, nous avons remportés un marché de 4000 minitels couleurs sous le non d'Exeltel II, pour la société US West. Nous avions créé un minitel couleur car France Télécom expliquait qu'ils allaient vendre le Minitel. Nous avons exporté ce Minitel: il était tout intégré avec un écran couleur, un vrai clavier, un téléphone, et une gamme de MODEM existaient dont un français. Ce minitel était de couleur beige, couleur plus proche du marché américain. Mais là, des personnes (la nomenclature française) nous ont encore mis des bâtons dans les roues y compris le Ministre de PTT français de l'époque qui a essayé par tous les moyens de faire annuler la commande d'US West à Exelvision y compris en intervenant personnellement auprès du président de US West pour la faire annuler (mais en vain grâce au code de marches publics américains). Nous avons donc battus les géants Alcatel et Philips aux Etats-unis quand les lobbies nationaux ne contrôlaient plus la situation et dans un environnent de concurrence loyale.

Ile est important de noter qu'Exelvision a toujours été éliminé systématiquement en France de la fourniture des cinq millions de Minitels gratuits achetés par France Telecom malgré des offres compétitives et une action commerciale de tous les instants vers cet énormes marchés public national. Très directement Exelvision S.A. privée du plus grand marché intérieur qui aurait pu permettre un développement beaucoup plus important s'est trouvé marginalisée par les grands groupes Thomson (Informatique pour tous), Alcatel (minitel) et l'administration française. Il ne fait donc pas bon taquiner les grands. Le résultat est qu'aucune PME dans les trente dernières années ne s'est développé en France dans les technologies nouvelles à l'exception du secteur de logiciel qui ne nécessite pas d’investissement industriel même si un marché intérieur important permet l'épanouissement de nouvelles entreprises. La soit disante politique industrielle se concentre toujours autour du lobby des grands groupes et"écraboulle" systématiquement les PME!

-Y a t'il eu des projets non aboutis d'ordinateurs Exelvision ?

Oui :
Des claviers typiques, nous ne les avons réalisé : nous avions trouvé des claviers mécaniques à bon prix
Un lecteur à disquettes 2,8 pouces (comme les QD chez Thomson) mais là, des problèmes de fiabilité étaient présents
Un boîtier type EXL135 avec disque dur et aussi l'EXEL-PC.

-Qu'était cet EXEL-PC ?

Un ordinateur 16 bits compatible IBM PC. Il devait être vendu 7000 ou 8000 FF suivant la configuration. Il avait une technologie fond de panier et pouvait accueillir tout type de CPU. De plus le DOS, conçu par Digital Research était en ROM et non sur disquette ou disque dur, cette technologie était avant-gardiste. Des prototypes ont été réalisés et on peut voir certains dessins portant la mention "EXL188", c'est l'EXEL-PC

-Pourquoi Exelvision a t'il fermé ?

Au début des années 1990, nous n'avions plus assez de ventes, donc plus d'argent.

-Seriez vous prêt à vous relancer dans l'aventure ?

Non, j'ai fait l'erreur de me lancer "comme ça", il m'aurait fallu beaucoup plus de moyens financiers, et j'aurai dû plus réfléchir à la question de la création d'une entreprise en France et surtout tenir compte du poids des lobby et de ne pas "compter" sur le marché national et de viser un marché mondial d'entrée de jeu. Le contexte aujourd'hui est complètement différent, les marchés sont mondiaux et non pas nationaux, les investisseurs (suite aux erreurs énormes de la bulle Internet) le savent bien et ce qui était vrai début des années 80, puis fin des années 90 ne s'applique plus du tout en 2005!

-Regrettez vous cette période ?

Non, ce sont les plus belles années de ma vie, elles furent très enrichissantes

-Est ce que la marque Exelvision existe toujours ?

Non

-Etes vous toujours en contact avec d'anciennes personnes de chez Exelvision ?

De temps à autre!  La vie a continué et les ingénieurs, commerciaux, gestionnaire et d' autres ont trouvé du travail ailleurs et peu à peu cette page d'histoire incroyable d'une start-up début des années 80 s'est refermée pour nous tous!

Avez-vous une certaine rancune envers les personnes et les sociétés qui vous ont mis des bâtons dans les roues ?

Je ne suis pas rancunier par nature. Ce qui me gène le plus c'est le gâchis d'argent public pour le plan IPT, le minitel gratuit? Ces décisions de l'administration de l'époque ont coûtés très....très cher à la collectivité sans permettre l'éclosion de nouvelles entreprises dans un nouveau secteur.

Dans le même temps, une multitude de sociétés étrangères sont nées (aujourd'hui poids lourd du high-tech); Samsung, Daewoo, Acer, 3 Com /US Robotics, Dell etc.… pour ne nommer que les plus connus qui se sont lancé avec des innovations technologiques bien moins importantes qu'Exelvision et mais ont bénéficiés de l'accès immédiats à des marchés publics et ceci dès le départ pour financer leur développement international et qui ont pu constituer un fond de commerce et une marque mondiale!

L'Europe et la France en particulier sont désespérément absentes des produits high-tech non pas par absence de créateurs par le jeu dangereux d'administrations omnipotentes et aveugles.

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Document Bernard Dimet
© PorTices
dimanche 5 mars 2006