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Jean-Luc MICHEL S.N.I.-P.E.G.C. , Ateliers informatique, Choix technologiques et recommandations pédagogiques, 27 novembre 1984.
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Texte intégral
S.N.I.-P.E.G.C. Ateliers informatique
Choix technologiques et recommandations pédagogiques
Avertissement
Cette note se propose d'examiner brièvement les choix technologiques possibles pour l'équipement des Ateliers Informatiques.
Rédigée après la communication des dernières propositions des firmes Thomson et Bull, elle ne prétend aucunement dicter le moindre choix technique, et encore moins politique son unique ambition consistant à présenter quelques recommandations ou spécifications que les constructeurs appelés à soumissionner auprès de la puissance publique devraient impérativement s'engager à respecter en se contentant de proposer de simples aménagements techniques sans chercher à modifier le projet initial au risque de le dénaturer.
1. Une alternative claire
Si l'on accepte pour point de départ le réseau local présenté dans les diverses notes techniques précédentes, il apparaît que sa réalisation ne soit pas aussi simple qu'il a pu être imaginé. Diverses solutions très différentes semblent devoir se présenter. Elles tournent toutes autour de l'alternative suivante :
- Solution franco-française : tête de réseau Bull Micral 30 et « nanomachines » constituées à partir des Thomson TO.7 et MO.5.
- Solution américano-française : accord avec la firme Apple pour la fabrication d'ordinateurs 32 bits du genre Macintosh dans une usine française qui recevrait l'exclusivité de production pour l'Europe, l'Afrique, l'Inde et l'Amérique latine...
On notera que la solution américano-américaine (par exemple, et tout à fait au hasard, une solution du type I.B.M. ou « compatible I.B.M. ») a été volontairement exclue de cette alternative, à la fois pour des raisons politiques évidentes (que nous ne développerons pas ici...) mais aussi pour des raisons purement techniques (le standard I.B.M. actuel va bientôt se trouver dépassé...).
Ceci étant admis, il ne reste plus que les deux solutions dont il a été fait état plus haut, sachant que l'une comme l'autre présentent des avantages et des inconvénients techniques et politiques. S'il ne nous appartient pas de juger des seconds, il nous apparaît utile de « mettre à plat » les premiers afin d'éclairer les choix définitifs de toute l'opération...
Quelle que soit la solution retenue, il nous semble de toutes façons indispensable de fixer des cahiers des charges très précis aux constructeurs choisis, de façon à limiter le plus possible d'éventuelles dérives technologiques puis pédagogiques, hélas bien connues à propos des premières versions des prototypes de l'actuel TO.7 par exemple.
C'est pourquoi, nous allons brièvement examiner les avantages et inconvénients respectifs des deux solutions avant de proposer une brève sélection de démarches « moyennes ».
2. La solution franco-française
Rappelons qu'elle serait basée sur Thomson et Bull. On pourra s'étonner en préalable de l'absence de Leanord, qui a le premier réalisé un « nanoréseau » à base de TO.7 et d'un micro 8 bits aujourd'hui dépassé (le Sil'Z 3). Leanord fabrique à présent un compatible I.B.M. 16 bits (le Sil'Z 16) qui aurait pu jouer un rôle intéressant à condition de le développer suffisamment, ce qui n'est pas le cas actuellement ...
On peut également s'étonner de ne pas voir Matra figurer dans la liste des firmes pressenties (il est vrai qu'à notre connaissance, ce constructeur ne possède pas à ce jour beaucoup de matériels susceptibles de s'intégrer dans un réseau tel que nous l'avons décrit).
On signalera enfin qu'une solution franco-française aussi fortement axée sur la télématique se devrait peut être de ne pas ignorer les visées actuelles de la CGE en matière de télématique « intelligente »...
Il reste à présent à examiner rapidement la liste des avantages et des inconvénients de cette solution à la lumière du projet des Ateliers télématiques, tel qu'il a été décrit dans les précédentes notes techniques. Précisons encore que nous nous abstiendrons de toute hiérarchie entre ces critiques...
2.1. Avantages des TO.7-70 (ou des MO.5)...
- 1. Solution intégralement française (au moins en apparence ).
- 2. Soutien à nos constructeurs nationaux.
- 3. Emplois dans la filière électronique (pour un nombre relativement restreint de postes).
- 4. Disponibilité raisonnable des matériels (aux dires des constructeurs, et à condition qu'ils tiennent leurs engagements...).
- 5. Disponibilité immédiate des logiciels « grand public » actuellement développés sur TO.7 (Éditeurs privés, C.N.D.P., associations, etc.).
- 6. Disponibilité immédiate des systèmes auteurs (du type JACQUARD).
- 7. Disponibilité quasi immédiate de quelques progiciels standards (du genre petit traitement de texte, petit tableur, petit gestionnaire de base de données, etc.) permettant au grand public de découvrir (sans les pratiquer vraiment) les principales fonctionnalités de ces outils informatiques de la dernière génération .
- 8. Intérêt de disposer d'un produit « grand public » connu et maîtrisé (à peu près...) par ses utilisateurs qui peuvent retrouver le même matériel chez eux.
- 9. Prix relativement bas pour les TO.7, à condition de les « tirer » au maximum. On devrait descendre à moins de 4 000 F le poste complet ...
2.2. Inconvénients des TO.7-70 (ou des MO.5)
- 1. Tous les inconvénients bien connus des utilisateurs de TO.7... en commençant par le clavier qui rend très délicate toute activité de type traitement de texte ou simplement de traitement de données à entrer en grand nombre... Il faut reconnaître que le clavier des modèles 7/70 et MO.5 marque un certain progrès par rapport aux premières versions, mais on est encore loin du compte si l'on veut disposer d'un matériel semi-professionnel, ce qui rappelons-le reste une des dimensions essentielles des Ateliers Informatiques.
- 2. Des capacités limités de mémoire vive disponible pour les utilisateurs, ce qui limite d'autant la puissance de la machine et la cantonne dans des usages non professionnels .
- 3. Un affichage dont la définition reste médiocre, en particulier pour toutes les activités de graphisme (avec de surcroît un risque important de fatigue oculaire, notamment avec le stylo optique qui oblige à regarder l'écran de très près).
- 4. Des capacités sonores limitées, ce qui peut être ennuyeux pour l'étude des langues par exemple.
- 5. La lenteur du processeur employé (ce qui tient à sa génération : celle des 8 bits aujourd'hui techniquement dépassée). Cette lenteur n'est pas bien gênante sur des programmes simples, mais elle devient très handicapante pour des progiciels professionnels qui consomment beaucoup de place en mémoire et demandent de fréquents allers et retours vers le processeur central. Cette restriction interdit d'espérer disposer de logiciels conviviaux de la dernière génération (du genre de ceux mis à la mode par le Macintosh d'Apple) ;
- 6. La non disponibilité de progiciels professionnels de grande diffusion du genre « Multiplan » pour les tableurs et de ses équivalents pour le traitement de texte ou la gestion de fichiers ;
- 7. La non disponibilité de langages informatiques de haut niveau (PASCAL, FORTH, LISP, etc.) ;
- 8. L'absence de fourniture en standard de carte de communication intégrée : Ceci avait amené les notes technique précédentes à préconiser la mise en chantier ultra rapide de modems intégrés et de logiciels de communication permettant des échanges de programmes (en téléchargement) ou de données (par transferts de fichiers) en liaisons de type « point à point », ça entre atelier ou entre écoles non équipées et Ateliers ;
- 9. Le prix beaucoup trop élevé des propositions actuelles (tout au moins sur les documents à notre connaissance). On devrait aboutir au minimum à des tarifs intérieurs à 4 000 F. Des propositions plus élevées devraient être examinées avec la plus sévère attention...
2.3. Avantages des têtes de réseaux Bull Micral 30
Dans l'état actuel, autant reconnaître que ce chapitre ne peut faire état des avantages de cette solution, sauf à citer des généralités comme l'usage d'un lecteur de disque (dur de préférence) en commun ainsi que d'une imprimante
2.4. Inconvénients des têtes de réseaux Bull Micral 30
- 1. Prix apparemment assez élevé pour le service proposé.
- 2. Descriptif beaucoup trop sommaire.
- 3. Choix d'un système d'exploitation contestable : L'actuel standard I.B.M.-P.C. D.O.S. (ou MS-D.O.S. dans son origine Microsoft) semble déjà s'essouffler pour la génération des 16 bits. Or, choisir d'équiper plusieurs dizaines de milliers de sites avec un standard déjà décadent et qui plus est soumis pour sa survie logicielle au bon vouloir d'I.B.M. (au sens des créateurs de programmes qui suivront forcément les choix du numéro 1, et n'hésiteront pas une seconde à abandonner MS-D.O.S. si d'aventure I.B.M. change de standard avec la génération des 32 bits, ce qui aura pour premier effet de laisser en panne les détenteurs des 16 bits MS ou P.C. D.O.S. ...).
- De toute évidence, le choix UNIX apparaît le meilleur puisque c'est sûrement sur lui que vont se reporter ATT (son créateur), I.B.M. (pour distancer une partie de ses poursuivants) et aussi Apple (qui deviendra « compatible » par la « grande porte », sans se plier pour autant à la stratégie d'I.B.M.).
- 4. La lenteur du processeur utilisé sur la tête de réseau imposera vraisemblablement des temps d'attente fort longs aux utilisateurs. Précisons bien que cette critique n'est fondée que dans l'hypothèse où l'on n'accepte pas de se contenter d'un réseau local dans lequel les utilisateurs n'ont pour seule possibilité de travail individuel que celle qui consiste à « télé » charger des programmes depuis la tête de réseau sur la mémoire vive de « leur » ordinateur. On se trouve évidemment limité quant à la taille des logiciels. Toute autre solution, du genre « travail partagé » risque à nos yeux d'achopper sur des problèmes de saturation de mémoire...
- Un autre inconvénient important se révèle, en particulier si les options pédagogiques s'orientent vers de fréquents partages de ressources communes (par exemple des utilisations simultanées par plusieurs personnes d'un seul fichier) : Les temps d'attente risquent de devenir prohibitifs et ce genre d'activités impossible à réaliser.
- Il convient d'en être bien conscient du point de vue des restrictions pédagogiques afférentes. De toute évidence, il ne saurait être question alors d'avoir recours à des logiciels professionnels et à des « outils » aujourd'hui presque indispensables comme le fenêtrage des écrans ou encore une véritable messagerie électronique locale...
- 5. L'absence de logiciels de communication en point à point entre les ateliers ou entre les ateliers et les écoles « satellites » se retrouve également comme facteur restrictif grave...
3. La solution américano-française...
Dans cette hypothèse, il s'agirait de passer des accords avec la firme Apple dans le but de développer en France des machines au moins aussi performantes que l'actuel Macintosh (ceci avait été envisagé dans la note manuscrite du SNI en date du 29/10/84)...
Cette solution qui devrait obligatoirement passer par des accords de fabrication supposerait pour réussir (et avoir quelques chances d'être acceptée par l'opinion publique...) que soient réunis un grand nombre d'éléments techniques et psychologiques. Nous nous contenterons ici de survoler les premiers :
3.1. Conditions préalables à la réussite d'une telle opération...
Nous citerons en vrac :
- 1) Droit de regard complet sur l'ensemble des processus de fabrication, de façon à acquérir de la compétence de haut niveau et ne pas se contenter d'un simple rôle d'assembleur de puces...
- 2) Montage financier « cohérent » (nous nous contenterons de ce qualificatif dans un premier temps) ;
- 3) Exclusivité d'exploitation pour une aire géographique suffisamment vaste (Europe de l'est et de l'ouest, Afrique, Amérique du sud, une partie de l'Asie, etc.) ;
- 4) Possibilité de changer la présentation, le nom, etc. ;
- 5) Possibilité de vente de « soft » français aux USA.
3.2. Conditions secondaires non moins importantes
Aux considérations précédentes, assez générales (et déjà en partie négociées), il conviendrait d'ajouter celles qui suivent ci-après :
- 1) Des engagements précis de dates de livraison ;
- 2) La mise au point d'un réseau local répondant au recommandations définies dans les notes précédentes ;
- 3) La mise au point des modems et logiciels de communication téléphoniques (ceci est pratiquement acquis) ;
- 4) Un catalogue suffisamment fourni de logiciels éducatifs et de quelques didacticiels ;
- 5) La mise au point rapide d'un système auteur performant et simple (DIANE amélioré...) ;
- 6) La mise au point de protocoles d'échanges de données et de programmes avec le parc des TO.7 existant dans l'éducation nationale. Ceci semble un préalable indispensable à l'accord de l'E.N.
- 7) La possibilité pour la France de participer directement à la mise au point des versions futures ou des extensions : A ce titre, il semblerait intéressant que le partenaire industriel français reçoive la maîtrise (et les dividendes financiers et psychologiques) des « améliorations » suivantes :
- La version UNIX « européenne » du Macintosh...
- Une version semi-gonflée, par exemple à 256 ko, qui semblent un optimum pour le moment... On pourrait faire la liaison avec les accords Thomson sur les mémoires 256 ko avec les Japonais...
- La version en couleur du Macintosh (avec un processeur 68020)...
- Des extensions avec disques durs internes ou plutôt disques optiques numériques...
- Etc.
3.3. Principaux avantages du macintosh
Ils commencent à être si bien connus (immense convivialité, extrême facilité d'apprentissage et d'appropriation, qualité de l'interface, puissance, rapidité, silence) que nous préférons ne pas les détailler... Il est clair que c'est la meilleure technologie actuelle, et de tres loin.
3.4. Principaux inconvénients du Macintosh
On peut citer rapidement :
- 1) L'absence de couleurs ;
- 2) La mémoire vive un peu limitée pour des applications importantes ;
- 3) Le coût trop élevé des extensions actuelles de mémoires ;
- 4) La quasi-obligation d'utiliser un second lecteur de disquettes (ce que le réseau local devrait résoudre si cette solution était choisie) ;
- 5) La relative lenteur des opérations d'enregitrement/lecture des disquettes ;
- 6) Etc.
4. Quelle stratégie ?...
Il ne nous appartient évidemment pas de fixer la moindre orientation dans ce domaine.
S'il fallait résumer rapidement la situation, nous dirions que l'avantage technique immédiat se trouve du côté de la technologie Apple. De même, en terme d'avantage industriel à moyen terme pour la France, nous croyons pouvoir dire que la solution Apple serait la meilleure (au sens de l'avance technologique présentée par les matériels de cette firme sur l'ensemble de l'offre mondiale). Du point de vue stratégique (face à I.B.M.), on peut penser que là encore une alliance avec Apple représente le « bon choix », en particulier en devançant « tout le monde » (ou presque) sous la forme de produits UNIX totalement conviviaux...
Ceci étant, l'avantage politique immédiat semble se trouver du côté d'un constructeur national...
4.1. Une amorce de solution...
Comme annoncé lors de l'audience du 27 novembre 1984, il semblerait qu'il soit envisageable de s'orienter vers une alliance conseillée entre un « national » quelconque (Thomson, Matra ou CGE) et Apple (sans peut-être que la puissance publique ne joue un rôle trop ostensible d'orienteur de l'opération...).
Si ceci était admis, il resterait à examiner l'opportunité et l'impact d'une première vague de machines du genre TO.7-70 pour la période mars à septembre sachant que ces matériels seraient vite remplacés par des Macintosh français (en admettant aussi que les accords soient passés très rapidement)...
La solution Apple intégrale consisterait naturellement à importer entre 20 et 50 000 machines pendant la même période, avec tous les problèmes que l'on peut imaginer...
Il reste donc, dans cette hypothèse, à rechercher le « joint » entre ces deux phases de l'opération tout en respectant la compatibilité future du parc...
On pourrait enfin demander à quelques experts ce qu'ils pensent de la faisabilité et du coût comparé du relais Thomson (TO.7-70) avec la mise au point des logiciels de communication) et de la solution « tout Macintosh »...
De toute évidence, ces points devraient être éclaircis avant de lancer l'opération.
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