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Un réseau national de 50 000 ateliers équipés de micro-ordinateurs professionnels, document du Centre mondial pour l'informatique et les ressources humaines, novembre 1984.

Le document original est publié dans les annexes C-16 de la thèse de Jean-Luc Michel, page 2398.

Texte intégral


Mise en oeuvre du projet français

Un réseau national de 50 000 ateliers équipés de micro-ordinateurs professionnels

I. La culture informatique n'est pas encore née

1) Même aux États-Unis et au Japon, moins de 10 % des citoyens ont une expérience personnelle des ordinateurs. Aucun pays n'a encore mis sa population en mesure de s'approprier le pouvoir informatique.

Aujourd'hui, au moment de la transition rapide de la société industrielle à la société d'information, le projet français (réseau national de 50 000 ateliers de pratique informatique) confirme la vocation et la volonté de la France de se porter en tête.

2) De nombreuses sociétés industrielles ont produit depuis plusieurs années ce qu'on appelle « les micro-ordinateurs domestiques ». Ces micro-ordinateurs classiques sont très différents des ordinateurs personnels de qualité dite « professionnelle » qui sont maintenant construits par I.B.M. et par Apple.

Des millions d'ordinateurs domestiques ont été vendus. À l'heure qu'il est, ils ont atteint leurs limites. Le public constate qu'ils ne permettent qu'une première initiation, et les jeux.

3) Le gouvernement Français, grâce aux nouveaux outils, entend faire la démonstration que l'informatique personnalisée peut créer une nouvelle croissance, par la qualification des hommes. Il est alors décisif que l'Informatique et ses moyens aille au-delà des grandes industries pour pénétrer les petites et moyennes entreprises, et jusqu'à l'univers individuel, aussi bien des étudiants que des professionnels.

II. La clé d'une réelle diffusion : la technologie

1) I.B.M. est la plus grande société informatique dans le monde, et dominante en France. La tentation est grande d'adopter, naturellement, le standard I.B.M. pour les ordinateurs personnels français.

Mais I.B.M. a construit son succès dans l'Industrie sur des machines puissantes et complexes.

Avec son ordinateur individuel (le P.c.) I.B.M. a apporté cette même technologie à de nombreux usagers personnels nouveaux. Mais pour être en état de s'en servir, ces usagers doivent acquérir d'abord l'expertise informatique et être capables de manipuler des procédures complexes et nombreuses .

3) Pour créer une alternative à I.B.M., la société Apple n'est pas entrée en compétition avec la technologie industrielle issue des gros systèmes I.B.M. Elle a mis en uvre une autre approche, une autre technologie, qui répondent aux besoins de l'usage personnel et professionnel.

4) L'appareil Macintosh (qui s'appellerait dans sa version française « l'Appel », avec comme marque à la place de la pomme un bonnet phrygien) s'appuie sur les technologies les plus avancées en matériel et logiciels. Celle qui épouse les gestes familiers de l'usager au lieu de forcer l'individu à devenir un expert de l'informatique. C'est la voie qui permet de viser des millions de gens, et à tous les niveaux, non plus seulement une élite formée.

5) L'utilisation extrêmement simple de l'Appel, le remplacement de commandes complexes par des symboles graphiques immédiatement compréhensibles, la capacité de se passer pratiquement du clavier en utilisant la manipulation aisée de la « souris »... sont quelques exemples de l'approche conceptuelle qui distinguent cet appareil de tous ceux qui se sont modelés sur l'I.B.M.

6) La vision d'avenir de la France – « un ordinateur par personne » ne peut s'enraciner que par une technologie extrêmement souple, accessible, fiable, et bon marché.

Par exemple : le nombre des circuits intégrés qui sont sur la plaque centrale de l'Apple est de 55. Par comparaison, le nombre sur la plaque du P.c. d'I.B.M. est de 300. Par ailleurs, le nouvel appareil utilise le plus puissant microprocesseur : celui de 32 bits. Par comparaison, le microprocesseur d'I.B.M. est de 16 bits, et celui du TO.7, de 8 bits.

III. Projet français, et association industrielle

1) Les dirigeants d'Apple ont été si impressionnés par l'audace de la vision généraliste du gouvernement français, telle qu'elle a été exposée au cours des réunions de Carnegie-Mellon, qu'ils se sont déclarés prêts, pour la première fois, à un « joint venture » avec l'industrie française.

Apple accepte que cette association soit conçue comme une solution française et n'en demande pas le contrôle.

2) La société commune visera à construire en France, dans les meilleurs délais, une usine moderne, automatisée, encore supérieure à celle qui existe déjà en Californie et qui sort un ordinateur toutes les 25 secondes.

Dès maintenant, Apple est prêt à accorder sa licence, sur l'ordinateur visé, et accepte qu'il soit fabriqué et vendu sous une marque française, aussi bien en France que sur les marchés d'exportation.

En attendant le démarrage de l'usine projetée en France, le nombre requis d'ordinateurs par le gouvernement français pourra être obtenu sur le contingent fabriqué dans l'usine de Californie, à des prix préférentiels, comme ceux qui sont appliqués aux universités américaines.

3) Cette association, créatrice d'une industrie nouvelle, entre la France et Apple, créerait un nombre important de nouveaux emplois. Des millions d'autres emplois seront engendrés : la fabrication d'un grand nombre de composants dans les usines françaises existant déjà ; la fabrication des modems, imprimantes et autres équipements périphériques, des compléments nombreux en télécommunications ; ainsi que des empois de distribution, de commercialisation, de maintenance pour les ordinateurs, de formation pour les personnes, et d'administration pour les réseaux.

4) Un centre mondial de logiciels sera établi pour la création et la distribution de tous les programmes créés en France pour les millions d'utilisateurs de l'appareil, dont la caractéristique principale est de permettre à l'usager d'engendrer des programmes à partir d'une formation rapide. La France possède en ce domaine un potentiel considérable et reconnu. Elle peut légitimement viser à la création d'une industrie de logiciels qui ne soit dépassée par aucune autre.

Les capacités traditionnelles françaises en matière de concepts et de culture mathématique, associées à la matrice d'un très grand nombre de puissants micro-ordinateurs professionnels de type Appel, attireront l'attention mondiale sur la France comme puissance de premier rang en matière de logiciels, lui apportant tous les nouveaux marchés.

Il est connu que les industries de création de logiciels ne se développent pas à l'intérieur des grandes sociétés mais à partir de milliers de PME qui, sur la base d'un réseau dense de micro-ordinateurs professionnels, peuvent naître dans toutes régions, qu'elles soient de tradition industrielle, ou agricole, citadine, ou rurale, donnant à chacune ses chances de créer des ressources nouvelles.

5) Enfin, l'élément clé du succès de cette grande et nouvelle aventure industrielle est la qualité des communications. Or, c'est dans ce domaine que la France se place en tête des nouvelles technologies.

Le Minitel par exemple est aujourd'hui le système le plus avancé de service de réseaux d'ordinateurs. La technologie du micro professionnel Appel apporte le complément parfait à la technologie déjà acquise par la France en communications, permettant ainsi de viser le premier système de téléinformatique pleinement intégré – et à l'échelle mondiale.

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