JJSS claque la porte du « Centre mondial informatique », Libération, mars 1985.

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JJSS claque la porte du « Centre mondial informatique »

Mécontent des récents choix du gouvernement en matière informatique, Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER vient d'annoncer sa décision de l'organisme qu'il présidait.

Coup de tonnerre dans le ciel informatico-politique. L'ex-directeur de l'Express/président du Parti radical/député de Nancy/ministre des Réformes), après avoir trois ans de suite instillé aux sphères politiciennes le virus micro processorien va devoir une nouvelle fois élargir le format de sa carte de visite. Le voilà « ex-président du Centre mondial informatique », depuis hier au soir.

L'ancien pilote de chasse de la deuxième Guerre mondiale vient en effet de larguer à François Mitterrand, une démission qui se veut une petite bombe. « Je me suis permis de vous informer le 31 décembre dernier par lettre personnelle, de mon intention de ne pas demander le renouvellement de mon mandat à la tête du C.M.I. [...] Mes appréhensions d'alors sur les choix gouvernementaux dans le domaine délicat et crucial, de l'informatique sociale n'ont fait que s'aggraver. En particulier, à l'occasion du projet de Réseau d'ateliers populaires ». Voilà de ces formules carrées qu'on aura soin d'apprécier à Matignon. Mais Laurent Fabius en annonçant le 25 janvier dernier son plan Informatique pour tous ne s'attendait certainement pas à recevoir les remerciements schreiberiens.

« Fabius ne l'a même pas invité, quand il a annoncé son plan, commente t-on, acerbe, au Centre Mondial. Il est vrai qu'il a peur que JJSS lui fasse de l'ombre » (sic). Mais après tout, le mouvement brownien des particules cérébrales de l'auteur du Défi Mondial fait en général assez d'étincelles pour qu'un Premier ministre lui emprunte du feu. Ce qu'il n'a en revanche pas apprécié, c'est la mesquinerie du plagiaire. Car JJSS envisageait l'achat de 250 000 micro-ordinateurs Macintosh (Apple) pour 25 000 ateliers informatiques, quand Fabius n'en a accordé que 100 000, et de surcroît, français. Thomson et Bull auront apprécié le cadeau matignonesque. Le Centre Mondial, lui, fulmine : « On ne forme pas quelqu'un avec un TO.7. Apprendre le basic aux enfants est aussi utile que leur faire étudier le vieux français ». Reste le problème de coût : le projet schreiberien coûtait deux fois et demi plus cher que le plan fabiusien.

Les finances, éternel problème de ce trublion inspiré. L'auteur de Ciel et Terre est sans doute un peu trop resté dans les limbes, et la Cour des comptes mijote justement un rapport sur les finances du centre qui dit-on, jette quelques nuages sur le bilan de ces trois années, en matière de frais de réception et de voyage Alors même que le Centre etait sous la tutelle des PTT, Jean-Jacques avait, comme Rousseau, la fâcheuse tendance d'abandonner un peu vite ses « enfants » à la garde des autres. Les services de l'Agriculture, des Armées, de l'Éducation nationale, avaient notamment hérité de projets impulsés par le Président du C.M.I., dont ils devaient par la suite assurer ensuite les dispendieux frais de nourrice.

La protection très bienveillante de Gaston Defferre, par la suite, n'avait pu empêcher la nomination d'un administrateur aux comptes. Pas plus que les contacts fréquents avec François Mitterrand séduit par cette boite à idées, n'ont pu lui donner raison face à Laurent Fabius. Entre ces deux fils spirituels post-modernes, le Président a tranché.

Fort du succès de son opération « Un été pour l'avenir » (400 micros dans des lieux de vacances), de son projet V.F.I. (formation de jeunes chômeurs par des élèves des grandes écoles sous les drapeaux) ­ il est vrai « saboté par l'armée » ­, JJSS s'est retiré sous sa tente. Après avoir, il faut le reconnaître, contribué à une prise de conscience de la nécessité informatique. « Je compte consacrer, selon ma déontologie - de Lieutenant en Algérie au Défi Mondial - à un ouvrage sur cette belle croisade (informatique). Pour l'avenir ». À vos libraires...

F. C.

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