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Centre Mondial Informatique et Ressource Humaine, 1982-1985, Rapport moral, mars 1985, 62 pages.

Texte intégral


I. L'ENRACINEMENT D'UNE IDÉE FIXE
Actions du Centre (1982-1985)


UN CONCEPT EST NE

La mission du Centre peut se résumer ainsi : repérer et expérimenter tous les outils nouveaux, issus de l'informatique, qui vont permettre de maîtriser l'inévitable période de transition entre l'ère de la main d'oeuvre industrielle et celle des usines automatisées. Ouvrir, par là, aux hommes et aux femmes, qualifiés grâce à ces outils nouveaux, un horizon d'utilité sociale, et d'activité créatrice, à l'issue de la crise. Éviter, en somme, autant que faire se peut, les angoisses et les drames qui naissaient, dans toutes les crises précédentes, de l'incertitude complète sur l'existence, ou non, d'une issue. Il y en a une.

Le complément naturel de cette vocation sociale du Centre, est sa mission internationale. Il faut désormais ne plus prendre le risque d'aucun retard et, par conséquent, brancher la France, en permanence, sur les derniers acquis de la science et de la technique, par des liens privilégiés avec les Universités de pointe (dans ces disciplines) aux États-Unis et au Japon.

Enfin le Centre Mondial doit se lier aux pays du Tiers-Monde qui doivent, eux aussi, profiter au plus tôt de cette nouvelle Ressource Humaine, que fait surgir l'utilisation de l'informatique personnelle, pour devenir des partenaires actifs, à leur tour, dans la nouvelle économie mondiale, que l'on voit déjà naître, en particulier sur les rivages du Pacifique.

Cette mission suppose que les réflexions des meilleurs experts internationaux et français soient, constamment, tenues à jour et confrontées au sein d'un Centre consacré à la micro-électronique, et à ses implications culturelles et sociales.

oOo

Telle est la définition du Centre, depuis son origine. D'où le nom qui lui a été donné, au moment de sa création : « Informatique et Ressource Humaine ».

Un concept était né. La France va être la première, en Europe, à le mettre en oeuvre. Au-delà des aléas de la conjoncture et des souffrances de la crise, cette acception neuve d'une économie fondée sur la ressource humaine de chacun, formée grâce aux nouveaux outils personnels de l'informatique, sera le fondement d'une reprise économique, puis d'une nouvelle croissance.

Cette « option fondamentale » du Centre n'a pas dévié.

Partant d'une donnée concrète, la disponibilité d'ordinateurs individuels de plus en plus puissants - outils de création - il doit en stimuler la diffusion et l'usage dans les différents groupes sociaux, familiariser ainsi la population à l'informatique et faire du micro-ordinateur un nouvel outil au service de l'éducation, de la formation, et de l'emploi.

Cela sera d'autant plus réalisable, et généralisable, que ces ordinateurs personnels sont appelés - on l'a vu sans cesse de 1981 à 1984 - à voir leur prix baisser régulièrement, rapidement, et leur capacité s'accroître, au contraire, avec les avancées incessantes des progrès de la technologie informatique.

L'ouverture du Centre Mondial sur l'extérieur, ses nombreux contacts avec les universités étrangères les plus avancées, tant aux États-Unis qu'au Japon, en font un observateur privilégié de l'évolution de ces technologies de pointe. Il peut ainsi, par l'information qu'il rassemble quotidiennement, alimenter, tenir à jour, les réflexions des administrations et des industries françaises sur les choix technologiques de demain.

Pour conclure : si la France parvient à entreprendre l'ensemble de ces créations novatrices, elle aura contribué d'une manière décisive, pour sa population et pour les autres, à retourner le drame de la crise de transition, entre deux époques techniques, en une chance de progrès économique et d'épanouissement humain.

Rarement autant d'hommes auront été concernés par une science, et une action maîtrisées, actuellement, par un si petit nombre d'équipes.

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Pourquoi la France ? À quelle vocation particulière, à quelle culture spécifique, attribuer le fait que cette prise de conscience du rôle primordial de l'informatique personnelle, vers une nouvelle ère, ait pris son essor à partir de la France ?

Car c'est un fait. Et sans rapport avec des questions de personnes, ni des échéances politiques. C'est en 1979 qu'une mobilisation intellectuelle s'est manifestée, concrètement, à partir de la France, comme le rappelle dans sa lettre de mission de l'Été 1981, le Président Mitterrand en citant « les travaux engagés au sein du Groupe de Paris avec des chercheurs de toutes nationalités. »

Ce groupe, né à Paris en effet, s'est réuni pour définir les voies et moyens d'une approche globale d'un monde soudain aggloméré, radicalement différent, soumis tout entier à l'ébranlement de la révolution informatique. D'emblée le groupe s'est constitué inter-culturel, et pluri-national. Ses meneurs, on le verra (page 24) ont été, ensemble, des Européens (Karl Schiller, Samuel Pisar, Peter Huggler), des Japonais (Doko, Nahajima, Iwata), des Arabes (Ali Khalifa A1 Saba, Abdulatif Al Hamad, Zaki Yamani), des Africains (Leopold Senghor, Hogbe-Nlend) ; puis très rapidement des scientifiques des pôles d'excellence mondiaux.

La création d'un Centre Mondial, appelé d'ailleurs à son tour à n'être qu'un maillon d'une chaîne universelle, est issue de l'aventure du Groupe de Paris. Mais voyons, ici, celle du Centre.

LES PREMIERES MOISSONS

Il y a eu l'opération « Volontaires pour une formation informatique » V.F.I. (en 1982 et 1983) qui a mobilisé les 120 Grandes Écoles de Paris et des Régions pour un travail de formation aux techniques nouvelles et de solidarité entre l'élite de notre jeunesse et les chômeurs, du même âge, les plus isolés et les plus démunis.

Le lancement des programmes, tout à fait nouveaux, d'Industries du Savoir, par l'informatique, en Médecine et en Agriculture a répondu au même besoin de gagner la crise de vitesse.

Il s'agit d'un programme consacré au développement de ce que l'on a coutume de nommer la "deuxième génération de l'informatique" ou encore l'Intelligence Artificielle. L'ordinateur, désormais, ne se contente plus de stocker et de gérer un nombre considérable d'informations ou de se livrer à des calculs complexes en un temps minimum. Il peut, armé avec le savoir accumulé dans telle ou telle discipline aider - dans des délais rapides - l'homme à réagir face à une situation donnée, en lui proposant une solution fondée sur l'examen exhaustif de l'état de l'art. C'est là une nouvelle révolution, puisque l'ordinateur met à tout moment à la disposition du décideur l'ensemble du savoir acquis dans une discipline. Mais, pour y parvenir, il faut évidemment mettre au point des programmes complexes (qui associent des spécialistes du domaine choisi et des informaticiens) : "les systèmes experts".

Pour combler le retard français en la matière, tant à l'égard des États-Unis que du Japon, le Centre a donc décidé, fin 1983, à la demande des pouvoirs publics, de mettre en oeuvre la science, et la technologie de l'Intelligence Artificielle pour viser, dans de grands domaines, la réalisation pour la France de systèmes experts. En se concentrant, d'abord, sur deux secteurs essentiels, tant pour la France et les pays développés, que pour le Tiers Monde : la Santé, l'Agriculture.

Dans le domaine de la Santé, six laboratoires de recherche médicale ont donc été équipés, et leurs équipes formées, par l'action du Centre Mondial : dans les Centres Hospitaliers Universitaires de cinq villes (Paris, Marseille, Grenoble, Montpellier, Lille). Le développement d'un certain nombre de programmes d'aide au diagnostic médical et à la décision (par exemple: hypertension artérielle, traitement du diabète, douleurs aiguës de l'abdomen) a été entrepris. Ils bénéficient pour leurs travaux d'un réseau informatique puissant et performant, composé des ordinateurs VAX interconnectés. La mise en place du réseau a été réalisée, de 1983 à 1984, par les soins du Centre mondial, en collaboration avec les ministères concernés, des Affaires Sociales et de la Santé, dans les conditions les plus économiques (achat des équipements à 50 %, et en francs français).

Le concept, l'organisation, la mise en place, ainsi que les échéanciers de réalisation de ce premier "réseau national informatique de santé" ont été mis sous la responsabilité, au Centre Mondial, de deux grands spécialistes, le Prof. Jean-Louis Funck-Brentano (Necker-Enfants Malades) pour la Médecine et le Prof. Jean-François Boisvieux (Pitié-Salpétrière) pour l'Informatique.

En Mars 85, la Direction Générale des Hôpitaux réunissait les Directeurs de l'Assistance Publique et les représentants du Corps médical pour confirmer la priorité officielle accordée désormais au développement de ce réseau, l'urgence du branchement progressif de l'ensemble des CHU, puis de l'industrialisation des systèmes élaborés. Une programmation sur cinq ans était demandée.

Au même moment, un illustre pionnier de cette entreprise révolutionnaire, Professeur Edward Shortliffe (M.D., Ph D.), de l'Université de Stanford, déclarait, le 23 Mars, en séance du Conseil Scientifique du Centre, à Paris : « les équipes mixtes Médecine-Informatique maintenant constituées, et reliées entre elles, en France, sont au premier rang. Ces hommes jeunes, et dont les connaissances sont très à jour, vont sans aucun doute éveiller d'abord les ressources régionales et locales, changer aussi l'éducation et la formation, puis essaimer dans le monde. »

En Agriculture, le Centre a cristallisé, de la même manière, une prise de conscience des décideurs sur l'importance capitale du développement de systèmes experts. Il s'est employé à équiper et à former les Instituts de recherche et les équipes d'Agronomes à l'Intelligence Artificielle, en particulier par des missions et séminaires réguliers à l'Université de Carnegie-Mellon (Pittsburgh), au printemps 83 et durant l'été 84.

Les travaux menés visent le développement d'outils informatisés d'aide à la résolution des problèmes d'élevage et de gestion des exploitations.

Ces recherches sont particulièrement importantes. Car il existe, à terme, un marché considérable pour les programmes d'aide à la décision, qui multiplient la productivité du travail, réduisant considérablement les coûts, et particulièrement dans les deux domaines sélectionnés, en raison des besoins français immédiats, et des capacités de déploiement sur les marchés extérieurs.

Comme dans le cas du réseau de Santé, le réseau d'informatique agricole a été placé sous la responsabilité d'un des meilleurs experts français, le Directeur de l'École Supérieure d'Agronomie de Purpan (Toulouse), le Prof. Dominique Peccoud, qui a organisé le travail d'ensemble avec les grands instituts nationaux.

D'autres résultats peuvent être cités :

D'abord le hall d'initiation à l'informatique du Centre, ouvert gratuitement au public 7 jours sur 7. L'idée totalement nouvelle au départ a été, depuis, largement reprise ailleurs, avec l'appui du Centre (équipement et formation). Le succès du Hall, ce qui est significatif ne se dément pas : il accueille 40.000 personnes par an, dont 7.000 en groupes.

La suite logique, pour démultiplier les actions du Centre, a été le développement de réseaux régionaux d'ateliers de pratique informatique. Le Centre, à l'initiative de M. Gaston Defferre, alors Ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation, a proposé aux Régions son aide pour développer sur leur territoire de tels ateliers, reliés à des Centres technologiques régionaux puissants et autonomes, équipés chacun d'un mini-ordinateur. Leur rôle et la nature précise de leurs moyens sont décrits dans une brochure détaillée, spécialement éditée pour les Régions et Collectivités, en 1983, par le Centre Mondial. (extraits essentiels en annexe).

Grâce au soutien du Centre, plusieurs régions se sont déjà équipées et se sont préparées à le faire : Lorraine, Aquitaine, Auvergne, Poitou-charentes, Limousin, Provence-Côte d'Azur.

L'intérêt manifesté par les responsables régionaux pour cette irrigation informatique, qui ouvre de nouveaux horizons à leurs populations, a permis, dans la seule année 84, de réunir, au Ministère de l'Intérieur et au Centre Mondial, les Présidents de Régions pour des séances de travail, le 21 Février 1984, et le 11 Mai 1984.

Le Centre, à chacune de ces occasions, a ainsi donné aux responsables régionaux les éléments précis leur permettant de choisir les outils informatiques, les modes de formation, qui pourraient répondre à leurs besoins. Puis il s'est mis à leur disposition pour obtenir matériels, logiciels, séminaires, sessions de formation, auprès des organismes français et internationaux.

Le Centre a poursuivi, simultanément, le développement de centres de culture informatique dans le Tiers Monde. En plus d'un accord de coopération avec la Colombie, il a organisé la mise en place de centres dans deux pays africains. Au Sénégal, un centre de pratique a été mis en place dès 1982, avec l'aide du Centre mondial (mise à disposition d'ordinateurs, formation). En Tunisie, un centre important a été ouvert en 1984 dans le cadre du Lycée Bourguiba de Tunis, et dans les mêmes conditions. Les contacts sont avancés pour l'ouverture de nouveaux centres en Côte d'Ivoire, en Inde, et au Sri-Lanka.

Dans le domaine de la formation, le Centre développe des programmes d'apprentissage du langage pour le petit enfant: ceux-ci sont actuellement testés dans des classes pilotes, avant de connaître une plus large diffusion. Il élabore également des « didacticiels » (logiciels éducatifs) destinés aux adolescents et aux adultes qui portent, d'une part sur la connaissance de l'informatique elle-même, d'autre part sur des applications professionnelles (machines thermiques, maçonnerie, etc.).

Le Centre apporte son concours aux actions de formation par l'informatique dans les secteurs en difficulté. Dans l'Automobile où il a participé, à la demande de M. Pierre Bérégovoy, alors Ministre des Affaires Sociales, à la création d'un Centre pour la formation des travailleurs, qui a été repris par la Formation Professionnelle. Dans la Sidérurgie, où son appui, en équipement et en formation, s'est porté, au printemps 1984, autour du "Groupe régional d'action" créé par M. Michel Lucius, Président de l'Institut National Polytechnique de Lorraine, qui est associé au Centre et à Carnegie-Mellon.

S'y ajoute une série de « projets pilotes » importants : outre le développement des systèmes experts Santé et Agriculture (cf. supra), un programme d'aide médicale au Tiers Monde avec deux actions actuellement en cours : le développement d'un programme d'aide au diagnostic et à la thérapeutique sur un micro-ordinateur portable, destiné à aider les infirmiers de brousse (testé au Tchad) et la mise sur pied au Gabon d'un système de collecte d'informations sur ordinateur afin d'améliorer la connaissance épidémiologique.

La réussite de l'expérimentation sur le terrain, dans les régions du Tchad, du micro-ordinateur de brousse dont le système mis au point par l'équipe médicale et informatique du Centre Mondial, a immédiatement intéressé le Ministère de la Défense. Il a ainsi été demandé, par note du 26 janvier 1984 « si ce micro-ordinateur, susceptible d'applications nombreuses, ne pourrait pas, muni d'un programme adéquat, être utilisé à bord des bâtiments de la marine nationale, dépourvue de médecins,et dans les petites unités de " Commandos" de l'Armée de Terre effectuant des opérations sans logistique médicale ».

Enfin le Centre s'est consacré au développement d'un outil pédagogique particulièrement intéressant : le vidéodisque interactif, couplage d'un vidéodisque et d'un micro-ordinateur qui permet à l'utilisateur de suivre un programme d'apprentissage tout en ayant la possibilité d'en modifier lui-même le cours, en fonction de ses propres besoins. Le vidéodisque interactif, couplé à un ordinateur, représente un saut qualitatif. I1 permet l'autonomie de travail, et de création, pour des petites équipes, voire des chercheurs ou travailleurs éloignés de tout centre. C'est l'un des outils les plus modernes, et performants, issus des nouvelles technologies de l'informatique.

Un vidéodisque, de secourisme, est achevé (Le Centre a d'ailleurs obtenu le premier prix d'innovation médicale en EAO) ; la réalisation de deux vidéodisques d'aide à la gestion agricole (en France, en Côte d'Ivoire) est largement avancée.

Ainsi se développe la vocation d'origine du Centre qui est la création d'un nouveau tissu social grâce à la diffusion de "l'informatique personnelle", lice aux réseaux de télécommunications. L'épanouissement, au plan national -puis mondial de ces premières expériences en vraie grandeur représenterait une chance concrète, réalisable, de reconstruction économique et sociale.

C'est d'ailleurs cette conclusion qu'a adopté à l'unanimité (dont, pour une fois, l'URSS, les pays de l'Est, la Chine, le Tiers-Monde) le 7 Février dernier, le Comité Spécial de l'ONU sur "la Technologie et le Développement", après audition conjointe du Président du Centre Mondial (France) et du Président de Carnegie-Mellon (U.S.A.).

Un Rapporteur a été nommé en vue du programme à proposer à la prochaine Assemblée Générale : le Prof. Hogbe-Nlend, mathématicien francophone du Cameroun.

METAMORPHOSE DES MICRO ORDINATEURS

Chargé d'une mission neuve - la diffusion de l'usage de la micro-informatique dans la société pour renouveler la créativité économique- le Centre a mis quelques temps pour s'assurer des meilleurs systèmes, des meilleures voies, des équipes adaptées.

Dans la conception initiale du rôle du Centre, ses dirigeants avaient, accordé une place importante aux moyens d'aider à la création, pour usage social généralisé d'un ordinateur personnel, bas de gamme, bon marché, de grande diffusion. Idée neuve à cette date. Le Centre n'a jamais entendu jouer lui-même un rôle industriel dans le développement d'un micro-ordinateur personnel. Certains des scientifiques étrangers pressentis pour travailler au Centre avaient été -logiquement choisis en fonction de cette option : ils venaient en majorité du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), réputé notamment par ses recherches dans le domaine de la technologie.

L'évolution, encore plus rapide que prévue, des techniques fît apparaître, dès la fin 1982, sur le marché, des micro-ordinateurs personnels performants et peu coûteux. Le Centre y a aussi contribué, en liaison avec l'industrie. On notera, en particulier, la sortie du T07 (Thomson), de l'Alice (Matra) à micro-processeur 8 bits, ainsi que les micro-ordinateurs anglais et américains qui ont inondé le marché à des prix défiant toute concurrence : entre 500 et 1.000 FF. On en connaît les noms : Commodore, Atari, Sinclair...

Dès lors, la mission du Centre, après une première étape consacrée à aider au développement d'un micro-ordinateur de bas de gamme et de faible prix, consistait désormais à observer et prévoir l'évolution rapide des micro-ordinateurs personnels afin d'éclairer les choix publics.

Apparaît, en effet, la seconde génération, celle dite des « micro-ordinateurs professionnels », plus puissants, plus performants, qui ne seront plus seulement des appareils d'initiation et de jeux, comme les précédents, mais cette fois réellement de formation professionnelle et d'intégration familière d'une véritable "culture informatique" aux capacités de chacun, élargissant ses possibilités d'emploi, de création, et plus profondément encore, de développement personnel.

Comprenant qu'il jouerait son rôle (rattraper tous les retards) dans la diffusion de la micro-informatique en se concentrant en particulier sur l'étude de l'évolution des techniques et, en parallèle, sur le développement des logiciels et de la formation, expressément visés dans les statuts dès l'origine, le Centre a donc orienté ses programmes en ce sens.

Ceci l'a conduit, tout en maintenant ses contacts avec le M.I.T. et les autres universités (des représentants de Stanford, de Columbia, siègent dans ses instances, comme ceux des Universités de Tokyo et de Tsukuba), a s'associer, dès la fin 82, avec l'Université Carnegie Mellon de Pittsburgh.

Spécialisée de longue date dans le développement de logiciels,de l'Intelligence Artificielle et des Systèmes Experts, celle-ci assume aujourd'hui, aux États-Unis, un rôle incontestable de leader en ces domaines, puisqu'elle dirige un consortium composé des universités scientifiques les plus prestigieuses du pays et vient d'être choisie, en 1984, pour l'implantation fédérale du premier "Software Engineer Institute", devenant ainsi la capitale du logiciel.

Le Centre Mondial est donc maintenant relié, en outre, à ce nouveau pôle de logiciels. Ce qui lui permet, d'étudier les nouveaux moyens d'un « redéploiement industriel ». À cet égard, pour éclairer le rôle du Centre dans la mutation de la France, il est nécessaire de bien préciser ici ce que représente concrètement une implantation de cette nature, comment le Centre Mondial sera amené à en faire profiter l'économie française et celle des pays associés. Il faut citer les termes mêmes employés, à la fin de 1984, par le Président Cyert de Carnegie-Mellon.

Interrogé en conférence de presse sur ce point, il précise : « La conséquence la plus directe va être d'obliger chaque société de l'industrie électronique et informatique à avoir, à proximité du nouvel Institut, une filiale et des laboratoires pour ne pas prendre de retard sur ses concurrents; la conséquence suivante sera la naissance d'une foule de sociétés de services liées à l'activité informatique, à la fabrication de logiciels, dont j'estime qu'elles représentent pour la région immédiate de Pittsburgh, de 20 à 30 000 emplois nouveaux. »

Illustration de la principale nouveauté de l'époque, créatrice de richesses et d'emplois, qui est l'association étroite Université-Industrie. Non seulement c'est là le secret de la percée générale des Japonais, et du Sud-Est asiatique, mais celui de ces nouvelles « zones de prospérité » aux États-Unis dont la première fût la « Silicon Valley » en Californie, suivie de celle de Boston, d'Austin dans le Texas, et maintenant de Pittsburgh en Pensylvanie qui, autour de Carnegie-Mellon, a fait revivre la zone de plus fort chômage (sidérurgie, pétrochimie).

Les ajustements de l'année 1982 et du premier semestre 1983, auront permis en définitive d'établir une série de programmes auxquels le Centre s'est, depuis, nous l'avons vu, largement tenu.

On constate, au-delà de certains changements d'appellation et, parfois, de personnes, la cohérence continue des actions du Centre, menées depuis 1983 sous la direction scientifique du Professeur Raj Reddy, de Carnegie-Mellon: apprentissage, formation, intelligence artificielle et système-expert, actions internationales, culture informatique étendue au Tiers-Monde, vidéodisque interactif

Ce n'est pas le Centre qui changeait, mais le monde. Avec une rapidité sans précédent, sous l'effet de la révolution scientifique.

Le Centre doit donc constamment s'adapter. C'est son devoir, sa mission, de le faire. Et, à chaque évolution, de tenir à jour sans délai les Administrations, et tous les secteurs d'activité.

Tel est le mandat de "transfert de technologie". Avant de pouvoir l'appliquer au Tiers-Monde, selon la juste orientation de la politique de la France, il convient de l'appliquer à la France elle-même.

LES CATHÉDRALES DU SAVOIR

On conçoit donc l'intérêt - la nécessité, même - pour le Centre de développer les liens déjà étroits qu'il a tissés avec des organismes scientifiques étrangers de haut niveau, en particulier à partir du pôle que constitue l'université Carnegie Mellon (C.M.U.) de Pittsburgh, devenue le Centre d'un réseau couvrant les États-Unis.

Les échanges avec cette université se sont développés, tout particulièrement, au long du dernier trimestre 1984, avec l'appui personnel du Ministre d'État, chargé du Plan (qui s'est déplacé une nouvelle fois à Pittsburgh pour une séance de travail sur les technologies informatiques, accompagné d'industriels français).

Ces échanges ont permis, en particulier, de prendre pleinement conscience des débuts de la mutation essentielle que connaît aujourd'hui l'informatique et qui ne peut être ignorée, sous peine de prendre un retard considérable. Apparaît en effet une nouvelle génération d'appareils de taille et puissance variable, tous fondés sur un module de base commun, celui très puissant du micro-processeur 32 bits pour les années qui viennent et qui fera office de "matériau de base" susceptible d'être aggloméré, mis en réseau, etc. pour obtenir les diverses configurations souhaitées.

A la fin de 1983, se sont présentés successivement des micro-ordinateurs de nouvelle génération: le PC d'IBM (16 bit), suivi du PC-AT (Advanced Technology) et le Macintosh de Apple, à micro-processeur 32 bit.

Le Centre Mondial, avec l'industrie informatique française, se sont employés à examiner les conditions dans lesquelles ces diverses technologies, et leurs licences éventuelles, pourraient être obtenues et développées pour répondre à nos besoins, et à notre vocation, en particulier en création de logiciels, dont la demande est universelle et s'applique à tous les métiers.

Selon les études du Centre Mondial, confirmées par documents remis simultanément par Carnegie-Mellon et adressés au gouvernement, c'est là une voie pour la France, permettant de rattraper tout retard. Permettant, du même effort, à son industrie de télécommunications de revenir au premier rang, pour conquérir les nombreux marchés d'exportation qui s'ouvrent.

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FONCTIONNEMENT ET GESTION DU CENTRE.

L'ACHAT ET L'UTILISATION DES EQUIPEMENTS 

On a reproché parfois au Centre mondial l'achat de matériels d'origine étrangère. Ceci appelle une explication.

S'agissant tout d'abord des micro-ordinateurs. Lors de la création du Centre et de l'ouverture du hall en 1982, aucun micro-ordinateur de fabrication française n'était disponible pour les fonctionnalités envisagées. I1 a donc fallu s'équiper avec ce qui existait sur le marché. Au fur et à mesure de l'apparition sur le marché d'appareils français, le Centre s'en est porté acquéreur (T07 Thomson, Goupil, etc.), de telle sorte qu'aujourd'hui plus de 60 % du parc de micro - ordinateurs du Centre est de fabrication française.

Il est vrai que les équipements centraux utilisés par le Centre (DEC-2060 et Vax-780) sont des machines de fabrication étrangère, ce qui est inévitable, à telle enseigne que des établissements publics et des ministères ont dû, eux aussi et avant le Centre mondial, utiliser de tels matériels. Le recours à ces appareils s'explique, non seulement par leurs performances sans équivalent à l'époque sur le marché français, mais aussi par les conditions financières exceptionnelles - de type "universitaire" - consenties pour leur acquisition (don dans le premier cas, application du tarif, réduit de moitié, réservé aux universités américaines et, surtout, paiement en Francs français). Ils ont permis au Centre mondial et aux chercheurs qui lui sont associés de disposer d'un minimum d'instruments de travail performants. Pour mettre en perspective ce début d'équipement, en France: les 5 Vax-780 du réseau national de Santé sont les mêmes ordinateurs que l'on trouve, pour le travail ordinaire des étudiants en science, à plus de 100 exemplaires dans chacune des grandes universités américaines.

C'est aussi ce qui explique que le Ministère de la Santé ait choisi, en 1983, ces équipements, en passant par le Centre Mondial pour les obtenir aux mêmes conditions, pour le réseau national de recherche vers les systèmes experts.

L'intervention du Centre mondial dans l'opération a notamment permis l'obtention d'une importante remise de la part du constructeur (50 % du prix public, là encore payable en Francs français). Sans doute, l'accord d'external research signé avec Digital, qui confère à celui-ci l'utilisation non exclusive des logiciels d'exploitation qui seraient développés sur les machines vendues, vient-il compenser, mais pour une faible part, la remise consentie. Au total, cette remise reste très substantielle. L'engagement, demandé par le Centre à Digital, d'affecter les sommes accumulées en francs, par l'achat des Vax (Forrnation, Recherche, Santé, Agriculture, Grandes Ecoles, etc.), à l'implantation d'une usine en France, a été respecté. C'est le site de Valbonne qui a été choisi. L'autorisation de l'investissement (200 millions de Francs) a été demandée fin 1983 à la Direction du Trésor qui l'a accordée au mois d'Avril 84. Au début 85, l'usine est déjà en activité, en commençant par la production des terminaux informatiques.

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LA GESTION DU PERSONNEL

Les rémunérations de quelques scientifiques étrangers (dont les montants en francs doivent être appréciés compte tenu du cours du dollar) aux débuts du Centre, étaient naturellement assez élevées. Elles se justifiaient alors, et dans une certaine mesure encore aujourd'hui, par la nécessité, pour permettre au Centre de démarrer dans les meilleures conditions, de s'attacher des collaborateurs de haute qualification, les attirant d'outre-Atlantique. Ce qui a été fait.

Il convient, cependant, de remarquer que le salaire moyen du personnel d'ensemble du Centre, loin d'augmenter, a baissé régulièrement de 1982 à 1984.

À L'été 1983, les premiers rapports sur l"'intelligence artificielle" :

Au cours de l'été 1983, le Président de la République a demandé au Président du Centre de préciser, dans les meilleurs délais, les moyens de permettre à la France de ne pas prendre de retard dans le domaine de I "'Intelligence Artificielle" conduisant à des industries de nouvelle génération: les Indus~ies du Savoir. I1 apparût que des rapports pourraient être remis, dès le courant de l'été au Président Mitterrand lui-même, qui prenait là une initiative majeure, si la période entière y était consacrée, sur place dans les Landes, avec les experts voulus. C'est ce qui a été fait.

Le Président du Centre a pu, pendant cette période, s'entourer des conseils de scientifiques de haut niveau qu'il a fallu faire venir sur place rapidement, de leurs divers lieux de vacances, pour ce travail collectif - en séminaires successifs d'une semaine.

Pendant cette période de travail, s'étendant sur sept semaines, les activités du Centre, à Paris se sont poursuivies. Accueil d'experts internationaux importants: une délégation de Colombie, le Directeur des équipes informatiques du projet "de cinquième génération" de l'Université de Tokyo, suivi du Chef de Cabinet du Président du Keindanren, les spécialistes en Intelligence Artificielle de Stanford, qui ont accepté d'aider au développement du nouveau "Centre d'Intelligence Artificielle et de Robotique" créé par les responsables de la région de Provence après leur séjour à Carnegie-Mellon au mois de juin précédent.

Voyages et séminaires à l'étranger

On a évoqué, à titre d'exemple, dans la critique - bien légitime - de la rapidité des méthodes d'action du Centre, le coût d'un séminaire organisé par le Centre mondial, en juin 1983 à CMU, à l'attention d'un certain nombre de responsables politiques et administratifs français : trois Ministères, deux Régions, deux Syndicats, et un Établissement de crédit (20 responsables). Ce coût n'apparait cependant pas disproportionné, compte tenu d'une part de la qualité des scientifiques, et industriels sollicités du côté américain, d'autre part de la nécessité d'organiser l'ensemble du déplacement en l'espace d'un seul week-end, du Vendredi midi (Paris) au Lundi (Paris), en raison des obligations professionnelles des participants. De nombreux résultats concrets sont sortis de ce séminaire, à l'initiative des principaux responsables qui y participaient.

On peut citer, à titre d'exemple : "le Centre de Robotique, et Intelligence Artificielle" de Marseille; le réseau des pôles technologiques et d'ateliers interconnectés, de la région Nord-Pas de Calais ; le programme d'incitation régionale à la création d'entreprise de la Caisse des Dépôt ; etc.

La "Ressource Humaine"

Le Président du Centre, avec l'accord du Bureau Exécutif, a considéré que, pour populariser de la manière la plus rapide et la plus efficace, l'explication du Centre et de ses missions, "la Ressource Humaine", de Samuel Pisar, édité en livre de poche (sur lequel l'auteur a, naturellement, renoncé à tout droit d'auteur) correspondait le mieux à la question posée: saisir le lien, tout à fait neuf entre les deux parties de l'intitulé même du Centre: - l'informatique et la ressource humaine. (cf. annexe).

Il s'agit d'un inventaire, nouveau, des grandes expériences étrangères pouvant apporter des enrichissements utiles ; des faits mondiaux qui viennent illustrer, étayer, le message d'espoir, et de "sortie de crise", par l'exploitation informatisée des ressources des peuples.

L'écho rencontré dans les milieux dirigeants (universitaires, industriels, responsables régionaux, et tous les grands Corps de l'État) du livre de poche de Samuel Pisar, a été, indéniable. S'exprimant personnellement, et publiquement, sur cet ouvrage, le Premier Ministre, Laurent Fabius, a écrit: "L'objectif pour la France est de parier comme le décrit Samuel Pisar sur la ressource humaine".

Un élément, qui pèsera sur les chances de la modernisation française, tiré de la préface au livre.

"Sur la nécessité de faire surgir la ressource française, de grands acteurs de la vie nationale, et de tous les bords, se sont rejoints, montrant la voie, précieuse, d'un consensus possible". Se fondant, là, sur les jugements de Laurent Schwartz, Hélène Ahrweiler, Edmond Maire, Simone Veil, Raymond Barre, Pierre Bérégovoy, qui se rejoignent - amplifiant l'expérience du consensus vécu avec les Présidents de Régions.

Précieux atout pour l'avenir, et levier immédiat, pour le Centre Mondial, pour décentraliser les initiatives et les actions. (voir en annexe).

Ce consensus a naturellement vocation universelle. Les signes en sont apparus, les efforts ont commencé, sur tous les continents.

Parmi les grands responsables politiques qui ont pris personnellement en main cette mutation, et qui se sont directement adressés au Centre Mondial, on peut citer en particulier:

Belisario Betancur, Président de la Colombie, et Fédérateur du réseau informatique des pays du Pacte Andin (Amérique Latine); Shimon Pérès, Premier Ministre d'Israel, qui a personnellement, à Paris, donné sur place ses instructions pour lier le Centre aux Universités et aux Industries de son pays. Rajiv Gandhi, Premier Ministre de l'Inde, qui avait organisé sa visite personnelle au Centre, annulée au moment des drames qui ont abouti à l'assassinat d'Indira, et qui clôturera sa prochaine visite officielle en France, au mois de Juin, par un Dimanche au Centre.

D'autres encore : le Ministre d'État, Habib Bourguiba Junior, de Tunisie ; le Président Emilio Colombo, d'Italie (et du Comité Technologique de l'ONU) ; etc.

Le "Projet Français" prend racines dans toutes les cultures, les continents, les identités raciales - par la volonté de se saisir des outils révolutionnaires d'un développement qui soit enfin autonome.

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Le Centre n'a cessé, de 1982 à 1985, d'illustrer sa raison d'être. Les actions menées, les résultats obtenus apparaissent novateurs. Ils sont sans équivalent dans leur domaine.

Un éminent savant français, le Professeur Jacques Lions, (Mathématicien, Collège de France, Président du CNES), au cours de la dernière séance du Conseil Scientifique, qu'il a présidé tout au long de ces trois années, a tenu à dire en réponse au Président du Centre Mondial qui venait de confirmer son départ: "Notre appréciation est que le Centre Mondial est unique au monde par ses missions, et que vous seul pouviez le mettre en route."

Non, ce ne fût pas un acte solitaire. Au contraire. Depuis la séance inaugurale à l'Élysée, le 20 Novembre 1981, où quinze grands scientifiques, venus de sept pays différents, se sont engagés publiquement à contribuer au futur "Centre Mondial"; jusqu'à l'effort inou- des jeunes chefs de travaux français, progressivement rassemblés, qui ont à lutter sans cesse contre les bureaucraties d'État ; en passant par le fourmillement quotidien de la jeunesse dans le Hall du Centre et ses correspondants régionaux - c'est vraiment une aventure collective qui est née.

Il faut aussitôt ajouter qu'en dépit de ces résultats, et de l'éveil d'une conscience populaire aux outils de l'avenir, le Centre a été plus lent, plus lourd, qu'il n'aurait du et qu'il est bien loin d'avoir atteint tous ses objectifs. Le bilan est riche, porteur d'avenir - mais encore très insuffisant.

Il faut faire en sorte maintenant que le Centre poursuive son action dans un cadre administratif et financier plus adapté, en particulier. À cet égard, l'Établissement Public, à caractère industriel et commercial, proposé par le Ministre d'État, chargé également du Plan, s'impose comme la solution normale - sur la durée.

Pour le reste - faire confiance à la relève, à la passion de la jeunesse, à l'irrésistible montée de sève que permet, et apporte, si l'on en a les outils, l'informatique personnelle...

Concluants, donc, sur la qualité, et la maîtrise des outils. En désaccord fréquent, puis permanent (depuis l'été 84) avec le gouvernement, j'ai demandé au Président de la République, à l'échéance des trois ans de mandat, de ne pas être renouvelé [1]. Mais une belle aventure est en marche; rien ne l'arrêtera plus. Et elle est née en France.

J.-J.S.-S


[1] Voir lettre officielle du 15 mars 1985, page 62.

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