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Centre Mondial Informatique et Ressource Humaine, 1982-1985, Rapport moral, mars 1985, 62 pages.

Texte intégral


SEANCE PLENIERE DU COMITE DES NATIONS UNIES SUR LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE POUR LE DEVELOPPEMENT

Exposé introductif par J.-J. SERVAN-SCHREIBER (France)

LE PROJET FRANCAIS :
« FAIRE SURGIR LA RESSOURCE HUMAINE »

(suivi de l'exposé complémentaire du Prof. Richard Cyert, Président de Carnegie-Mellon University)

New-York, le 7 février 1985

Votre Comité détient, sans doute, entre ses mains, au milieu des tremblements de terre de la révolution scientifique, le secret de la survie et de l'épanouissement de l'humanité. Et vous savez que tout se joue dans les années qui viennent.

D'où l'initiative, que vous venez de dire, Monsieur le Président, exceptionnelle de cette Audition. I1 ne s'agit pas d'un Français ou d'un Américain, mais de deux hommes qui ont uni leurs efforts, depuis deux ans, dans une vocation universelle pour faire surgir, partout, par les outils de la révolution informatique, la Ressource Humaine, qui sera le fondement de la nouvelle économie, le nouveau moteur de l'Histoire.

1. Quel est notre message, aujourd'hui et ici, au milieu de vous ?

2. Comment peut-on tirer de cette réunion une méthode ?

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1. Notre expérience et notre message

a) La science informatique, devenue personnalisée, apporte à notre génération l'instrument de développement le plus puissant depuis cinq siècles, depuis l'invention de l'imprimerie.

b) Les pays "développés" ont commis depuis 10 ans une très grande erreur stratégique : l'application de cette science exclusivement aux machines (ordinateurs, robots, systèmes automatisés), en négligeant de l'appliquer au développement des hommes. D'où le chômage, les faillites, les dettes - et une angoisse générale qui peut faire naître les catastrophes.

c) Rien n'est donc plus urgent que de tout mettre en oeuvre pour brancher la puissance informatique sur le développement des facultés de chaque homme et de chaque femme, dans sa région, dans sa culture et dans sa langue, selon sa vocation propre : faire surgir sa propre Ressource Humaine, sa propre capacité à créer. Partout.

C'est vrai au Nord comme au Sud, à l'Est comme à l'Ouest. Car devant la nouvelle ère qui commence, nous sommes tous sous-développés.

d) Ce n'est pas une vision futuriste ; c'est immédiatement réalisable, immédiatement indispensable.

- Réseaux décentralisés de distribution de connaissances ;

- Banques de données universelles, à la disposition de tous ;

- Outils informatiques personnels pour l'épanouissement du génie de chacun.

e) L'expérience unie du Centre Mondial et de Carnegie-Mellon. L'axe Paris/Pittsburgh.

Nous avons branché la première Université informatisée du monde sur les réseaux "d'ateliers d'informatique populaire" dont la France, avec le Président François Mitterrand, a pris l'initiative, et tous ceux qui s'annoncent maintenant, à cet exemple, dans d'autres pays sur tous les continents. Ils sont destinés à couvrir le monde.

f) La mutation historique qui s'est produite : il n'y a plus de "cheap labour" face aux robots. Désormais ce qui attire l'investissement, la création, l'emploi, c'est l'inverse : une population hautement éduquée et qualifiée. C'est possible partout.

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2. Brancher tous les continents, tous les pays

Pouvons-nous décider ici, ensemble, de faire surgir la Ressource Humaine dans toutes les régions du monde, par les nouveaux outils informatiques, et selon le génie de chaque peuple ?

Sur la base de nos expériences, depuis deux ans, à partir de Paris et Pittsburgh, nous pensons que la réponse est Oui. Et que l'action doit être engagée maintenant. C'est ce que nous pouvons apporter à vos travaux.

Il vous appartient de décider les modalités de cette grande entreprise. Nous pouvons travailler avec vous à un programme concret qui devrait être prêt au mois d'Avril pour le Comité Ministériel, en vue de la prochaine Assemblée Générale.

- Le Projet Français, pour 1985-86, d"'Ateliers de pratique informatique" dans chaque quartier, dans chaque ville, dans chaque commune. Ils seront reliés entre eux, et aux banques de données, par les moyens de télécommunication. Cet investissement, dont dépend l'avenir, est, somme toute, modeste. Ordre de grandeur : pour la France entière, il représentera 500 millions de dollars, soit dix dollars par habitant. Chacun d'entre vous peut donc évaluer son propre investissement.

- Le consortium de l'Université de Carnegie-Mellon : à partir des pôles d'excellence unis autour de Carnegie-Mellon, les meilleures sources de savoir, réparties dans le monde, irriguent progressivement les ~ réseaux régionaux et locaux d'ateliers informatiques.

- Ainsi, à partir de cet axe Paris/Pittsburgh, peut naître, si vous le décidez, une chaîne mondiale mettant à la disposition de chaque ré.;ion du monde pour ses propres créations ; banques de données ; télécommunications ; ateliers locaux d'informatique ; centre de création de logiciels dans chaque culture ; une chaîne universelle du savoir.

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Naissance d'une nouvelle économie du monde, enracinée dans le génie de chaque peuple, de chaque culture, en fin de compte: de chaque individu.

Si une délégation permanente, un rapporteur, sont mandatés par vous, ils pourront commencer à travailler avec le Centre Mondial, et avec Carnegie-Mellon University, pour la mise au point d'un programme à présenter au Comité Ministériel, au Secrétaire Général, puis à l'Assemblée Générale.

Merci de nous avoir offert l'occasion de nous mettre au service de tous les peuples que vous représentez, et que vous guidez vers leur épanouissement.

Le 7 février 1985

À la suite de cette audition, et du débat qui l'a suivie, le Comité a voté à l'unanimité la prise en compte de ce Projet et a nommé, pour le rapporter devant le Conseil et l'Assemblée, le Professeur Hogbe-Nlend, du Cameroun.

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